Faire une démonstration de yoga : pourquoi et comment ?

Si, dans les années 70, les chaussettes ne se cachaient plus (pour les moins de 40 ans qui ne peuvent pas comprendre et les nostalgiques, les archives INA sont là !), aujourd’hui, c’est au tour du yogi de ne plus se cacher. Des cours collectifs géants aux vidéos Youtube, des magazines de yoga aux photos des réseaux sociaux, les postures se montrent plus que jamais.

J’ai déjà parlé du rapport du yoga à la tradition, un peu évoqué la façon dont l’Occident s’approprie le yoga, mais pas encore abordé ce yoga qui, à force d’être manipulé, en ressort dénaturé (ce n’est que mon humble avis…). Je parle donc de ce yoga ici afin de contextualiser ma décision de réaliser une démonstration de yoga.

Pour les économistes, le yoga est un sport

Le yoga est devenu une vraie source de revenus, en particulier aux États-Unis où le yogi semble facilement enclin à la dépense pour cette discipline. En effet, 44% des pratiquants, touchant plus de 75 000 $ par an, dépenseraient en moyenne 500 $ par an pour le yoga (en cours, supports d’information comme les livres et les DVD, tapis, vêtements et nourriture spécifique. Ce dernier point m’apparaît flou car je ne vois pas comment il est possible de distinguer cette nourriture spécifique des autres dépenses alimentaires et d’en calculer le surcoût).

En octobre 2013, un journaliste du magazine Challenges, écrivait que « le yoga [était, en France,] devenu un sport de prédilection pour les urbains modernes ». Un sport, le yoga ? Vu par un économiste, peut-être… Ce n’est pas la seule surprise que me réservait l’article, comme nous allons le voir.

Depuis 2013, le yoga a continué son expansion pour dépasser le seul contexte urbain et est désormais présent dans les zones rurales, même s’il est certain que l’offre de cours y est moins fournie que dans les villes.

Un mouvement de fond lucratif

Faire une démonstration de yoga : pourquoi et comment ?Le yoga n’est en tout cas plus seulement une “tendance” mais bien un “mouvement de fond”.

Dans l’article de Challenges, j’ai également été surprise de lire que Reebok, une marque que je juge très éloignée du yoga, cherchait à se positionner auprès des pratiquants sur le créneau des vêtements. D’autres marques accompagnent également de près ce mouvement, comme Nature et Découvertes (France), Lululemon (Canada) et Dr. Haushka (Allemagne).

Alors j’ai creusé et j’ai découvert un univers qui m’était jusqu’alors inconnu ! Un univers où il est de bon ton de dire que l’on s’est formé au yoga aux États-Unis plutôt qu’en Inde, où chacun cherche pour trouver “son propre yoga”, où les stars se prénomment Tara ou Rachel, véritables mannequins capables d’adopter les postures les plus acrobatiques.

Et je me suis dit que j’étais drôlement décalée par rapport à tout ça avec mes réflexions sur l’authenticité !

Démonstration, exhibition

De grands-messes sont désormais organisées en plein air à l’occasion de la Journée mondiale du yoga, qui marque d’ailleurs la volonté de l’Inde de lutter contre les Américains sur le terrain du yoga, ou du Festival de Yoga de Paris. N’oublions pas de mentionner le WhiteTour de Löle où l’on ne sait plus si les pratiquants vêtus de blanc se rassemblent pour manifester leur engagement dans une pratique libératrice ou leur soutien à la marque qui fournit les tapis de pratique.

En plus de ces manifestations “live”, il faut ajouter Youtube, les réseaux sociaux et les magazines dédiés au yoga, qui alimentent un flux considérable d’images. Qu’apportent donc celles-ci à une pratique d’abord intérieure ?

Parenthèse sur la non-monstration en cours

Je suis formée à une école qui préconise le retrait du professeur : la Fédération Française de Hatha Yoga estime que la démonstration de la posture par le professeur, en captant le regard et les pensées de l’élève, nuit au travail intérieur. Je précise que, dans cette approche, les séances sont construites sur un rythme continu de postures qui s’enchaînent, entrecoupées seulement par de brèves pauses, ne laissant donc, sauf exception, pas de moments dédiés à l’explication pédagogique.

La conduite vers la posture doit alors se faire aussi précise que possible dans l’instant, sans casser le rythme berçant, presque hypnotique, de la séance sur lequel l’élève peut se poser, se mouvoir sans réfléchir, une oreille à l’écoute des instructions et l’autre à l’écoute de soi.

L’image reste toute à fait utile comme support d’étude personnelle.

L’image pour mieux vendre

Faire une démonstration de yoga : pourquoi et comment ?Dans ce monde, l’image (Youtube, réseaux sociaux et magazines) est généralement utilisée pour promouvoir le professeur de yoga, et les différents créneaux fonctionnent comme des espaces servant à promouvoir l’offre de yoga.

Dans ce monde, un professeur de yoga n’est pas forcément un bon pédagogue mais avant tout quelqu’un qui est capable d’exécuter parfaitement ce qu’il propose à ses élèves. Je ne discuterai pas ici le bien-fondé de la primauté de l’exécution sur la pédagogie, ni la notion de perfection dans l’exécution.

En tout cas, en observant ce monde et son système de stars, je vois, dans le fonctionnement, comme l’idée magique selon laquelle l’élève, en s’exposant au rayonnement de la star, plus ou moins directement (en assistant à ses cours, en suivant ses recommandations), capte un peu de ses capacités.

La démonstration de yoga : je m’y mets moi aussi !

Récemment, la présidente de mon association m’a demandé si je voulais faire une démonstration de yoga dans le cadre du forum des associations. J’avais tout ce dont je vous ai parlé jusqu’ici en tête et j’y ai trouvé des arguments pour répondre positivement à l’invitation.

Mais si j’étais personnellement partante, quid de mes élèves ? Car il ne s’agissait pas de me mettre en avant mais de les mettre, eux, « en scène ». Or, on ne s’inscrit généralement pas à un cours de yoga, comme on peut le faire à un cours de danse où la probabilité de participer à un spectacle est forte. C’est en effet une pratique intérieure qui n’appelle pas l’exposition, sauf, comme on l’a vu plus haut, quand on a quelque chose à vendre.

Le temps de démonstration était d’environ 15 minutes. La première idée que j’ai eue était que chacun des élèves participant réalise à son rythme un enchaînement librement construit d’une dizaine de postures, celles qu’il affectionnait le plus pour ne pas être en difficulté et, si possible, réparties entre les positions debout, assises, sur le dos et sur le ventre. Mon idée était finalement qu’ils composent le support visuel d’un discours de présentation du yoga que j’aurais rédigé au préalable.

Les arguments pour convaincre de participer à une démonstration de yoga

Faire une démonstration de yoga : pourquoi et comment ?Pour convaincre mes élèves, j’évoquai d’abord les démonstrations de yoga du début du XXe siècle, dont certaines avaient été conservées sur pellicule. L’Inde a probablement connu de semblables démonstrations à des époques plus anciennes. Mais les échanges me firent aboutir à la conclusion que mon idée n’était pas adaptée. Je leur ai donc proposé de faire un mini-cours.

Je leur ai également présenté la démonstration de yoga comme une opportunité de présenter la réalité de leur pratique, pour se démarquer du monde idéal que j’ai décrit plus haut. J’imaginais également la possibilité de répondre aux éventuelles questions des personnes ayant assisté à leur prestation.
J’ai souligné que cette démonstration de yoga pouvait être l’occasion d’expérimenter leur capacité de concentration dans un environnement plus perturbant que la salle de cours habituelle. Il ne s’agissait pas de leur lancer un défi, mais simplement de les inviter à vivre une situation, sans préjugés.

Démonstration de yoga réussie !

Alors que le monde associatif dans son ensemble s’inquiète du fait que leurs adhérents s’installent dans des logiques de simple consommation, j’ai eu le plaisir d’enregistrer une réponse positive de nombreux élèves à la démonstration de yoga que je leur proposais.
L’heure de passage à 10h le samedi matin n’a pas permis de bénéficier d’un public nombreux. Mais les distractions étaient bien au rendez-vous puisque nous partagions la salle avec des clubs de handball et de badminton qui n’ont pas tous cessé les jeux de balles au moment de notre passage : une vraie situation de vie !

Ainsi certains des élèves se sont un temps agacés tandis que d’autres en faisaient tout se suite abstraction. Le bilan a été finalement positif. Les élèves ont manifesté de la satisfaction, constatant qu’il était plus simple qu’ils ne l’imaginaient de s’abstraire de l’environnement pour se centrer sur eux-mêmes.

Alors, on recommence dans deux ans ?