De la posture sur le tapis de yoga à la posture dans la vie

Le terme qui désigne la posture de yoga est “asana”. En sanskrit, il signifie « le fait de s’asseoir » ou la « manière d’être assis ». Le travail postural du yoga est un travail associant le corps et l’esprit : la posture de yoga est aussi une posture dans le sens de manière d’être et de faire dans le monde.
Voyons comment se déroule la prise de posture, tentons d’en préciser les étapes, en insistant sur la psychologie. Nous verrons ensuite ce que cela peut signifier concrètement dans la vie quotidienne.

NB: Le travail sur souffle est, bien sûr, essentiel dans le travail de posture et joue aussi sur le plan psychologique. Mais il n’est pas majeur dans le traitement de notre sujet. C’est pourquoi nous n’en parlons pas ici.

Ouvrir sa perception

La posture de yoga pour ouvrir sa perception au mondeLe pratiquant pose son corps dans la salle et, mentalement crée de la disponibilité à lui-même : il se prépare à la séance.
Il observe sa manière d’être et de ressentir dans l’instant présent, afin de se préparer à recevoir tout ce qui peut se passer ensuite : activité du mental, sensations dans le corps, émotions. Il s’agit d’ouvrir la perception.

Les mots de Pasteur, prononcés dans un discours de 1854, éclairent cette notion de préparation : “ dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés ”. La phrase de l’artiste Isamu Noguchi apporte des précisions : “ Nous venons à chaque expérience avec nos propres limites et ne voyons que ce à quoi nous sommes préparés ”.

Construire les bases de la posture

La qualité des appuis conditionne la qualité de la posture. Ce travail de positionnement est là encore double, physiquement et psychologiquement.

Physiquement, chaque prise de posture nécessite de se concentrer sur les appuis, les points de contact avec le sol.
Comme on assure de solides fondations pour construire un édifice, comme l’arbre s’enracine dans le sol, l’ancrage vise la stabilité de l’ensemble du corps. À partir de là, le pratiquant peut travailler la capacité du corps, sur les possibilités qu’il lui offre, de s’ajuster pour s’inscrire dans la géométrie de la posture.

Psychologiquement, le pratiquant s’ancre dans la confiance dans les enseignements qu’il reçoit. Pour le pratiquant débutant, cette confiance est davantage la croyance que cette voie va lui apporter ce qu’il cherche. C’est une forme de lâcher-prise. L’expérience va au fur et à mesure construire une véritable confiance.

La confiance / croyance de départ est fondamentale car « le sentiment d’impossibilité peut créer de réelles impossibilités qui, reconduites de situation en situation, paralyseront une personne ». (Patanjali, Les Yogasutra, trad. Degrâces A.)

Maintenir le cap

La posture de yoga pour garder le cap dans sa vieSur ces bases, la posture peut se construire dans les meilleures conditions. Ensuite, c’est le travail du maintien qui peut s’engager : il faut trouver le juste équilibre entre mise en tension et relâchement du corps pour ajuster puis tenir la posture. Ce maintien doit être dosé avec douceur.

Il faut combiner cette douceur avec de la fermeté, toujours exercée avec bienveillance, vis-à-vis du corps et de ce que l’on est, tout simplement.

La bienveillance est la clé car elle implique une vigilance et réactivité : le yoga amène à la pleine conscience de l’action pour supprimer progressivement les automatismes.

La fermeté bienveillante soutient donc le geste sur le tapis. La détermination à faire s’installe, sans excès.

Tout ce travail du corps se prolonge dans l’esprit : la solidité et la stabilité du corps deviennent au fil de la pratique celle de l’esprit.

Exemple de transposition dans la vie quotidienne : la posture du manager

La posture de yoga comme base de développement personnel et travail de la posture de managerNous vous proposons maintenant l’exercice de transposer ce qui a été dit jusqu’à présent au manager d’une équipe en mode projet.

La base de la posture managériale réside dans la connaissance de soi : le manager doit avoir clairement conscience de la façon dont il perçoit le monde et les biais que cela induit. Il pourra ensuite développer sa connaissance des autres.
Ces connaissances vont soutenir sa capacité à prendre du recul pour faire face aux éventuels aléas du projet.

Le manager devra aussi s’interroger sur la façon dont il aborde la tâche qui lui est confiée. Comment je développe la confiance en moi par rapport aux objectifs qui me sont fixés ? Si le manager ne sait pas sur quels arguments se fondent cette confiance, il aura des difficultés, voire rencontrera une impossibilité à motiver les équipes.

La bienveillance amène à modifier la position du manager : il ne positionne plus par rapport à une équipe ou un projet, mais avec une équipe et avec un projet.

Comprenez-vous qu’il ne s’agit plus d’endosser une fonction ou un rôle mais d’adopter une posture ?

Le karma yoga

Dans une interview, le Dzogchen Ponlop Rinpoché estimait qu’avec sa démocratisation, le bouddhisme s’était aseptisé, dans le sens où il avait perdu son aspect spirituel. Il en est clairement de même pour le yoga.

Je ne cesserai pas de le répéter article après article : si le pratiquant a le choix d’arrêter son travail et sa progression au stade psychologique, le yoga offre essentiellement la possibilité d’une spiritualité, et pour le sujet qui nous intéresse ici, d’une spiritualité dans le travail, et cela quelle que soit la nature de ce travail.

Le yoga qui permet la spiritualité dans l’action s’appelle le karma yoga. Nous n’en ferons ici que l’ébauche.

Il s’agit de s’abandonner au flux du monde sur lequel nous n’avons aucune prise.
De comprendre la nature de l’ego et de l’orienter différemment.
Le fondement de l’action dans le karma yoga est le désintéressement (ne pas entendre « démotivation » !) : l’action est réalisée, non pas pour nous-même, ni pour en recueillir des effets positifs, mais parce qu’il faut le faire, parce que tel est notre devoir, quelles qu’en soient les conséquences. Le pratiquant se concentre sur le faire et non sur les résultats du faire.

Karma yoga

Un exemple qui illustre cette notion se retrouve dans d’assez nombreuses interviews d’artistes-musiciens : à la question du pourquoi avoir choisi cet instrument, les concernés répondent souvent que c’est l’instrument qui les a choisis.

En se pensant simple agent d’un principe qui nous est supérieur, nous nous libérons de nombreuses tensions. Cela donne l’occasion d’aller fouiller dans nos automatismes, de comprendre ce qui fondent nos réactions et d’ouvrir la possibilité de nous libérer de nos schémas, de nos idées préconçues, qui nous limitent constamment.

Ceux qui s’intéresseraient à cette voie peuvent lire le texte de référence du karma yoga, la Bhagavad Gita, et en particulier le 3e chapitre.