Puisqu’il nous faut vivre, faisons le dans la Joie !

La Joie, telle que nous l’entendons ici, en lien avec le yoga, n’est pas un sentiment léger et passager mais un état d’être profond et durable, un état d’équilibre dans la plénitude de l’être. Lorsqu’elle ne nous a pas été donnée d’emblée par la vie, comme ça peut être le cas chez de rares personnes, la Joie sera atteinte par le biais d’un cheminement, d’un travail sur soi.

Dans la tradition occidentale, cet état de Joie est plus volontiers qualifié de « bonheur ». Longtemps, le bonheur a été considéré comme un résultat du progrès scientifique et technique. Et si le bonheur n’était pas encore là, il ne fallait pas douter qu’il arriverait prochainement (voir la préface de l’ouvrage Progrès, réaction, décadence dans l’Occident médiéval qui pose bien le concept de « progrès »). La plupart des philosophies ont montré l’impasse de cette logique : le bonheur ne peut pas se limiter au confort et à l’équipement. Aujourd’hui, nos sociétés moroses ne croient de toute façon plus dans le progrès.

Dans un tel contexte, quels moyens concrets avons-nous pour espérer approcher de la Joie ?

Trop de contrôle

Trop de contrôle nuit à la JoieEn constante interaction avec le monde, nous construisons nos propres expériences, vécues positivement ou négativement. Le négatif est souvent expliqué par les circonstances extérieures. La plupart des gens cherchent alors à changer les choses, tâchant de contrôler toujours plus le monde qui les entoure.

Pourtant, longtemps l’Homme a subi : il lui était difficile de contrôler les naissances (pour un aperçu historique de la question de la contraception, voir ce bulletin mensuel d’information de l’INED), les maladies se développaient et se répandaient sans que l’on en comprenne le mécanisme (on peut lire le Miasme et la Jonquille d’Alain Corbin car hygiène et odeurs ont une histoire commune), et les caprices météorologiques déclenchaient des famines.

Mais aujourd’hui, les évolutions de la connaissance et de la technique donnent l’impression (seulement ?) à l’Homme de davantage contrôler sa vie : la natalité est maîtrisée, certaines maladies ont disparu, d’autres sont contenues, les phénomènes météo sont anticipés, les neurosciences décryptent le fonctionnement de nos cerveaux pour justifier les comportements…

Dès lors que ce contrôle s’étend, comment justifier ce qui est perçu comme un « échec » de vie ? Pour soulager l’Homme du poids du succès obligé, la société peut entrer dans la balance et se retrouver accusée de tous ces maux. Ce mécanisme reporte à l’extérieur les causes qui compromettent notre bonheur.

Le yoga refuse cette approche, donne les clés d’une voie ouvrant les possibilités d’exister et conduit vers l’autonomie.

Le constat de départ : l’impermanence

Faisons-le dans la joieLe chapitre 2 de la Bhagavad Gita (lire une présentation du texte) insiste sur le changement constant du monde, le règne de l’impermanence. L’écrivain Paul Auster l’exprimait à sa façon : « D’un instant à l’autre tout peut arriver. Nos certitudes les mieux ancrées (…) peuvent être démolies en une seconde » (L’art de la faim).

Le mouvement, c’est la vie, et la mort n’est qu’une facette de ce mouvement. Le héros de Mon nom est Personne n’hésitait d’ailleurs pas à dire que « la mort n’est pas ce qui peut arriver de pire à un homme », considération largement inspirée de Platon.

Les gains, comme les pertes, ne sont donc pas forcément permanents.

Le diagnostic : ce qui peut être changé

À partir d’un tel constat, la meilleure façon de s’en sortir est d’abord d’établir un diagnostic en identifiant ce qui peut être changé de ce qui ne peut pas l’être. S’il s’avère que cela ne peut pas l’être, il faut l’accepter comme tel. En effet, si je suis aveugle, que puis-je attendre de la vie à me lamenter chaque jour en regrettant de ne jamais pouvoir devenir pilote d’avion ? En revanche, si les choses peuvent être changées, alors je peux identifier ce que je peux faire pour améliorer ma situation.

Tout commence avec un réel désir de changer. Sans ce fondement solidement établi, rien ne pourra se faire. Le changement ne sera pas linéaire, ni facile. Les difficultés testeront en permanence la solidité de ce désir de changement. S’il s’avère qu’il n’est pas solide, rien ne changera. Ce désir est le socle sur lequel repose la production d’efforts pour concrétiser le changement.

Apports de la philosophie contemporaine

Dans son autobiographie intitulée La Nacre et le Rocher, Robert Misrahi (voir les vidéos de 3 conférences que le philosophe a données à l’Université populaire de Caen en 2013) détaille la méthode qu’il a suivie pour cheminer vers et dans la Joie. S’il déroule sa méthode sur le mode de l’autobiographie, c’est pour montrer que, comme lui, chacun peut la suivre.

Tout est en nous, depuis l’enfance et en permanence, et en particulier la Joie. C’est ce que les professeurs de yoga rappellent constamment à leurs élèves. Robert Misrahi le démontre d’une façon étonnante : il évoque un match de foot, la foule suspendue au parcours du ballon sur le stade, le franchissement de la ligne des buts par le ballon, et toute une partie du public qui va soudainement être portée par un même élan positif. Ce qui est un minuscule événement en soi a permis de faire surgir un état, latent jusque là, chez chacune de ces personnes soutenant l’équipe qui a marqué le point.

Vers la Joie

Faisons-le dans la joiePour aller vers la Joie, il faut opérer une conversion philosophique. Il s’agit de retourner son esprit, de changer ses habitudes, ses façons de voir, de penser, de faire, habituelles.

Pour cela, il faut développer la connaissance des textes pour élargir notre vision et envisager d’autres points de vue. L’art est également très utile. Cette connaissance ne se limite pas à une accumulation théorique mais doit être vécue pour la mettre en pratique et analyser des résultats.

Si un ouvrage de neurosciences ou de philosophie m’explique que chacun de nous est un individu qui perçoit le monde qui m’entoure à sa façon, différente d’une autre personne, je dois l’éprouver moi-même, comprendre comment cela se traduit, ce que cela implique.

Lorsque je lis que chacun de nous a un grand pouvoir créateur, il faut sentir, expérimenter. L’un des conseils essentiels, en matière de créativité, dit qu’il faut générer beaucoup d’idées pour augmenter ses chances d’aboutir à une seule de bonne. Cela implique en fait notre capacité à nous détacher, à lâcher, à ne pas juger, etc. Cela se fera sans doute progressivement. C’est pour cela qu’il faut de la conviction et de l’attention.

C’est ensuite le rapport aux autres qui doit s’organiser. Je dois comprendre que l’autre est un être aussi absolu que moi, possédant une conscience, une intériorité, une liberté, une créativité qui lui sont propres. Enfin, je dois développer ma confiance dans mon être au monde et parvenir à comprendre que la vie n’est pas destinée à la mort mais à la jouissance de vivre. Cette jouissance ne doit pas s’entendre comme l’expression et l’aboutissement sans retenue des désirs de chacun. Cette jouissance de vivre se rapproche bien davantage du contentement et de la capacité à s’émerveiller de ce qui est beau ici et maintenant.

Robert Misrahi développe finalement un programme dont une grande partie est commune au yoga.

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