Utthita Trikonasana : une posture de triangle

Précédemment, nous avions détaillé la posture de la pince. Aujourd’hui, nous détaillons la posture du triangle qui connaît de nombreuses variantes. Nous voyons celle appelée Utthita Trikonasana. Utthita signifie “étendu, étiré”, tri “trois” (comme dans tri-angle), kona “angle” et asana “posture”.
Ce qui est étiré, pour moi, ce sont les bras, en opposition l’un de l’autre. En ce qui concernent les flancs, il s’agit plutôt d’ouverture, d’un côté, et de fermeture, de l’autre.

Points-clés

Cette posture exprime sa géométrie dans son nom : l’enjeu du pratiquant est d’épouser du corps et du mental cette géométrie (c’est bien aussi cela qui distingue le yoga de la simple gymnastique, c’est que le geste n’y est pas “gratuit” : la prise de posture s’effectue de façon à faire écho, par le corps et l’esprit, à la symbolique).

Utthita TrikonasanaCôté corps

Il s’agit de glisser le corps (je rappelle qu’il s’agit de “tendre vers”, dans la limite de ce que vous permet votre propre corps dans l’instant) dans un triangle rectangle.

Le schéma d’intention ci-contre montre les principes qui président à la prise de posture.

Côté esprit

Le triangle symbolise l’une des triades fondamentales de la philosophie indienne : sat-chit-ananda. Ces trois mots, assemblés et formant une formule, sont utilisés par les Upanishads pour révéler la nature de cet indéfinissable qui nous dépasse.

Voici quelques termes français associés à chacun de ces mots :

  • sat : l’être absolu, la vérité, ce qui ne change pas, ce qui existe ;
  • chit : la conscience, notre capacité à percevoir le monde, la connaissance ;
  • ananda : la félicité, l’expérience de l’Amour Divin inconditionnel, l’expérience du sublime, notre véritable nature, la connaissance de notre être.

Des recherches simples vous conduiront à de nombreux commentaires de cette formule : la base est la même mais chacun apporte des nuances propres.

Difficultés

La posture du triangle est une posture plutôt facile et accessible à tous. Les difficultés ici évoquées sont plutôt des points d’attention que de réelles difficultés.

Le corps doit être positionné dans un seul plan. Dans l’idéal, si l’on met de côté l’épaisseur du corps, cette posture est bidimensionnelle, se déployant dans la hauteur et la largeur, mais pas dans la profondeur.
Le pratiquant peut être enclin à basculer vers l'avant la partie du bassin qui se situe du côté qui s’ouvre, de même pour l’épaule la plus haute, afin de pouvoir toucher le sol.
Mais une fois le contact avec le corps ou le sol établi, il faut déplacer l’épaule la plus haute et la partie du bassin située du côté ouvert vers l’arrière, comme si les fesses et l’arrière des deux épaules devaient toucher un mur placé derrière le pratiquant.

Du fait de ce placement dans deux dimensions, la posture peut se révéler difficile à équilibrer, d’autant plus que le regard est tourné vers le ciel, ne pouvant donc servir de point d’appui au sol.

Comment « accorder » cette posture ?

Comme pour chaque posture, les différences physiques de chacun des pratiquants jouent sur les détails. Dans sa pratique, chacun s’efforce de tendre vers la figure “idéale” tout en visant avant tout la justesse dans le positionnement de son propre corps. Chacun expérimente pour comprendre le placement qui lui correspond.

Préparer Utthita TrikonasanaLa posture du triangle peut se préparer par une autre posture qui place le corps dans une pyramide. Mais vu de profil, le corps épouse la forme d’un triangle équilatéral (voir le schéma ci-contre).

Une posture possible de préparation à Utthita Trikonasana

Chacun ajustera l’écartement de ses jambes, selon son corps.

Si vous avez des jambes aussi longues que votre buste, vous vous rapprocherez d’un écartement de deux coudées (qui se mesurent les bras pliés, coudes à hauteur des épaules et poings fermés, phalanges en contact).

Si vos jambes sont plus longues que votre buste, vous aurez intérêt à écarter les jambes un peu plus largement que les deux coudées, sans quoi, dans la posture finale de Utthita Trikonasana, l’axe des dorsales ne sera pas perpendiculaire à l’axe des bras.

Les pieds sont parallèles.

Puis vous inspirez et les bras montent sur les côtés, écartés à hauteur des épaules.

Sur l’expiration, le buste - menton rentré - nuque allongée - va vers l’avant, tandis que les fessiers sont poussés vers l’arrière et que les bras montent de chaque côté de la tête pour se placer en V large.

En fin d’expiration, les mains sont à peine plus haut que la tête et les omoplates se rapprochent pour amener les bras un peu vers l’arrière : l’arrière des jambes et l’arrière du dos sont bien étirés. Le ventre est rentré.

Sur l’inspiration, le buste se redresse pour retrouver la posture initiale, les bras étirés de chaque côté du corps au niveau des épaules.

Posture finale : Utthita Trikonasana

L’écartement des pieds est le même que pour la posture de préparation. Le pied vers lequel le corps va se pencher est ouvert vers l’extérieur tandis que l’autre pied se referme un peu vers l’intérieur. À ce stade, on vit le “sat”.

Sur l’expiration, le regard se tourne vers le pied du côté duquel le buste va se pencher.

Penchez le buste sur le côté en prenant soin de tendre les deux bras jusqu’au bout des doigts.

Selon l’ouverture initiale des jambes et les possibilité de votre corps, la main du côté du sol se pose sur la jambe ou la cheville, ou bien le bout des doigts ou toute la paume de la main est en contact avec le sol.

Dans tous les cas, il faut faire contact avec le corps ou le sol afin de fermer le circuit énergétique en réalisant l’union de la terre et du ciel. C’est la phase “chit” en quelque sorte.

La posture se termine sur “ananda”. Le pratiquant peut alors atteindre la félicité en réalisant son unité. Poumons vides, le regard se tourne vers la main côté ciel.

L’accordage fin de la posture intervient à ce stade : vous étirez le bras supérieur et placez le corps dans un plan (comme indiqué dans le paragraphe “difficultés” ci-dessus).

La jambe du côté de la tête est étirée, le bassin, lui, est légèrement poussé du côté opposé à la tête.

Vous vous redressez en vous appuyant sur l’inspiration.

Progresser dans le corps dit « grossier »

Toutes les ouvertures latérales en poussant bien jusqu’au bout des doigts des mains, qu’elles soient debout ou assises, favoriseront la prise de cette posture.

Il est possible de rester dans la posture en respirant lentement et profondément, pour laisser le côté s’ouvrir et le corps aller un peu plus vers le sol dans le relâchement.

Psychologie de la posture

Il faut prendre le temps du cheminement : la posture Utthita Trikonasana se prend dans la lenteur.

Pensez aussi au fait que le positionnement initial des jambes et des pieds est essentiel pour s’installer dans la posture et parvenir à trouver le confort.

L’ancrage dans le sol, solide, peut seul permettre l’étirement (l’élan) vers le ciel.