Atteindre les sommets : la méthode des petits pas

Ma fille de 11 ans m’a proposé d’aller voir L’Ascension, film réalisé par Ludovic Bernard, avec Ahmed Sylla dans le rôle principal, sorti en salles le 25 janvier 2017. Ce film est une adaptation libre du récit de Nadir Dendoune paru sous le titre Un tocard sur le toit du monde. La bande-annonce me paraissait prometteuse en termes de valeurs positives pour une enfant de cet âge. J’y voyais aussi le moyen pour elle d’avoir un aperçu du Népal. Nous y sommes donc allées : compte-rendu de visionnage.

La source d’inspiration

Je n’ai pas lu l’ouvrage qui a inspiré le film. J’ai toutefois trouvé un compte-rendu de lecture très éclairant, d’autant plus qu’il est complété d’une interview de son auteur. Vous pouvez le lire ici.
Le livre n’est qu’une inspiration et de nombreux écarts sont identifiés. Parmi ceux-ci, l’origine du héros : dans la réalité, il est de parents algériens et non sénégalais. Mais le choix crucial d’une tête d’affiche explique probablement cette différence. L’acteur, Ahmed Sylla, a toutefois lui-même grandi dans un quartier d’habitat social. Autre écart : l’âge. Dans la réalité, Nadir Dendoune a réalisé son exploit à l’âge de 36 ans et non 26. D’autres différences concourent à construire un conte de fées.

Un conte de fées

Nous avons un prince et une princesse version banlieue, aux traits assez lisses. La princesse se refuse au prince. Celui-ci lui promet alors la lune : atteindre le plus haut sommet du monde. N’y croyant guère, la princesse accepte ce gage d’amour, l’air moqueur. Époque moderne oblige, elle suivra les aventures de l’élu de son cœur grâce à la radio et au téléphone satellite. On sait d’avance que ça finira bien, on n’a pas beaucoup d’inquiétudes. Le prince est très guilleret et possède cette qualité de s’ouvrir aux merveilles du monde qu’il découvre au fur et à mesure de l’aventure.
Un bon génie veille sur lui et l’aide dans son épreuve, mais le héros ne doit qu’à son seul mérite et à sa persévérance son succès final. Le bon génie est lui-même récompensé tout au long de l’aventure pour son aide.
Le film se termine sur un baiser. Seul manque un vrai méchant. L’épreuve se suffit sans doute à elle-même.

Le Népal

Le récit est bien mené, avec rythme. Si on se laisse prendre au jeu du film, on peut même ressortir un peu lessivé d’avoir suivi le héros dans son ascension. Le pourquoi de l’expédition du héros est posé au fur et à mesure grâce à des retours en arrière bien insérés dans le récit.
Le départ pour le Népal ne tarde pas et le spectateur est vite plongé dans l’ambiance de ce pays. Le choix de construire le récit autour d’un personnage qui n’est jamais sorti de son pays permet de disposer d’un regard neuf, voire naïf. Cela permet de parler de la découverte d’un pays sous l’angle de l’enrichissement culturel et personnel.
Le héros rend un bel hommage au travail des sherpas en s’extasiant continuellement de leurs allées et venues. Le sherpa-bon-génie s’émerveille de la peau noire du héros. Et ce dernier lui fait la lecture tous les soirs, ce qui leur permet de comparer leurs traditions. Pour en savoir plus sur les sherpas, voici un lien qui donne quelques informations sur ce peuple et un autre qui donne davantage de détails concernant leur place dans l’économie de l’alpinisme autour de l’Everest.

Plein de bons sentiments

Le film se place résolument sous le signe de l’amour et de l’amitié. On ne va pas trouver à y redire. Après tout, si l’ensemble manque de nuances, visionner une histoire positive, même édulcorée, pendant 1 h 43 mn, ça fait du bien.

Les enseignements de ce récit

Le film ne cache pas la difficulté d’une telle ascension. Je ne serais pas surprise que les spécialistes de la montagne y décèlent quelques incohérences. Mais le héros reste un héros. Alors qu’au début de sa progression, il croise des alpinistes qui redescendent, durement marqués par leur ascension, lui rentre dans son quartier indemne, aussi frais qu’à son départ. Certes, il s’est attaqué au versant sud, considéré comme techniquement plus accessible que le versant nord. Reste que tant de personnes échouent, et le film insiste assez là-dessus, pour que l’on intègre que cette ascension est une épreuve.
Le jeune spectateur comprendra bien le principe d’aller au bout de soi, de persévérer pour atteindre le but que l’on s’est fixé, le besoin de se secouer et de se remotiver pour faire face aux moments de découragement.
Toutefois, une question essentielle laisse le spectateur sans réponse : comment un tel exploit peut-il être possible ? Comment peut-on réussir là où tant de personnes échouent, et cela sans préparation ? L’amour qui donne des ailes n’est pas une réponse satisfaisante.

Atteindre les sommets par la méthode des petits pas

Le compte-rendu du livre nous apporte la réponse.
La véritable personne, Nadir Dendoune, n’a pas réalisé cet exploit à l’âge de 26 ans, comme le héros du film, et n’était pas un novice en périples et en voyages. S’il n’avait en effet aucune expérience d’alpinisme, il savait marcher et cheminer longuement. On devine même qu’il a une constitution physique qui sort du commun puisqu’il avait constaté lors d’un trek que ce qui lui paraissait facile ne semblait pas l’être pour les autres. La revanche qu’il semble avoir à prendre sur la société ne semble pas la clé principale de son succès, même si ça doit certainement y contribuer.
L’essentiel est que, pour atteindre le sommet, il s’est fixé des objectifs intermédiaires : faire 30 pas, puis 30 autres pas et ainsi de suite. J’ai déjà croisé cette approche dans des écrits de développements personnels. Il ne faut pas se fixer des objectifs qui peuvent sembler inatteignables et démotiver rapidement, mais autant d’objectifs intermédiaires que l’on peut atteindre et qui nous rapprochent les uns après les autres du but ultime. Reste que son exploit est réel, qu’il a su contrôler son mental et bénéficier d’un corps qui n’a pas souffert du mal aigu des montagnes.