L’âyurveda contemporain

Les Occidentaux ne mesurant pas toujours l’influence de leur propre culture sur l’Asie du Sud, tant ils sont en quête de savoirs traditionnels à même d’apporter une alternative à leurs pratiques qu’ils jugent négativement, ils idéalisent une culture et son hypothétique « pureté ». Dans ce contexte , il me paraît important de faire le clair sur les distinctions entre âyurveda d’aujourd’hui et âyurveda d’hier (voir l’article dédié à l’âyurveda ancien).

L’âyurveda nouveau et contexte culturel

L’âyurveda a été mis un temps en sourdine, jusqu’à connaître un renouveau (lire un article complet -en anglais- sur le sujet) à partir du 19e siècle.

GaneshL’ « orientalisme britannique” du 18e siècle a d’abord beaucoup contribué à ce renouveau. En effet, convaincus que la bonne compréhension de la culture indienne était une clé essentielle de la bonne gouvernance des colonies indiennes, les Britanniques ont beaucoup étudié les langues et la culture indiennes. Ensuite, deux facteurs ont favorisé ce renouveau : le développement du nationalisme d’une part et, plus tard, les aspirations à l’autodétermination portée par Gandhi.

Au 19e siècle, le sanskritiste, poète et médecin âyurvedique Gangadhara Ray (1798-1885), promeut l’âyurveda pour s’opposer à la place croissante que prenait alors la médecine occidentale dans sa région.
L’étude du prince Sir Bhagavad Sinjhee, intitulée Aryan medical System, a short history et publiée en 1895, compte parmi les premières études sur le sujet et illustre la réponse des élites indiennes au regard condescendant du colonisateur, en cherchant à démontrer le glorieux passé hindou. Elle illustre également une estime de cette élite pour l’âyurveda qui n’a pas cessé jusqu’à aujourd’hui. Deepak Chopra contribue beaucoup à la notoriété du nouvel âyurveda.

Les laboratoires scientifiques contemporains restant en quête de nouvelles molécules ouvrant sur de nouveaux traitements, ils se tournent vers les médecines traditionnelles et explorent leurs recettes.

Enfin, la présence de communautés indiennes, en particulier en Grande-Bretagne et aux États-Unis, a favorisé l’implantation de l’âyurveda dans ces pays et à partir de là, leur diffusion en Occident.

En France, le docteur Alexandre Liétard (1833-1904) est, avec Palmyr Cordier (1871-1914), un des pionniers des études consacrées à l’âyurveda. Jean Filliozat (1906-1982), médecin et indianiste, a énormément apporté à la connaissance de l’âyurveda.
En 1984, la Société des études âyurvédiques (SEA) a été créée. C’est une association qui a aujourd’hui pour but d’éclairer l’étude l’âyurveda par le croisement avec d’autres disciplines.

Rapports médecine scientifique et âyurveda

Les tenants honnêtes de l’âyurveda contemporain reconnaissent les apports de la médecine scientifique (disparition de maladies comme la peste, découverte de l’insuline, etc.) et ils placent cette pratique davantage au niveau de la prévention et de l’entretien. C’est pourquoi l’âyurveda est identfiiée en Europe et en Amérique du Nord comme une « médecine complémentaire ». En Inde, l’âyurveda contemporain constitue une médecine de proximité, au faible coût, favorisant son accès aux pauvres, au contraire d’un système de soin hospitalier coûteux.

Parmi les différences notoires entre l’ancien âyurveda et le nouveau, notons d’abord le rapport à la nourriture carnée. Aujourd’hui, les cures âyurvediques sont strictement végétariennes alors que les remèdes indiqués dans les textes anciens tels que Caraka et Sushruta (voir article sur l’âyurveda ancien) ne le sont pas. La consommation de la vache est même indiquée, au même titre que des viandes plus exotiques comme le python et le crocodile. La consommation d’alcool n’était pas non plus exclue, à condition qu’elle soit modérée.

Le rapport à la plante est également complètement différent. La création des circuits économiques modernes a fait disparaître la notion de terroir si essentiel pour l’âyurveda ancien, au profit de principes actifs universels. Les textes anciens attachent de l’importance à la géographie, au moment de la cueillette, au statut du malade, etc. Même en Inde, la médication et les traitements sont aujourd’hui standardisés. L’âyurveda contemporain n’est plus, comme l’était l’âyurveda ancien, la médecine d’une société locale définie par ses croyances.

Reste que la prise en compte de l’homme dans sa totalité, sa psychologie, sa nature physique, sa place dans la société et dans l’univers, reste une force de l’âyurveda contemporain. C’est ce qui est fait un complément crédible à la médecine scientifique, de plus en plus plébiscité par les institutions. Le Canada est en pointe sur le sujet et montre la capacité du corps médical à évoluer et à prendre en compte des éléments qui lui étaient moins essentiels jusqu’à présent.

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