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Charlotte Rampling : entretien en lien avec le film Hannah

Charlotte Rampling, Hannah

Le 19 janvier 2018, Charlotte Rampling parlait à la radio de son film Hannah et d’elle-même. Elle évoquait le chemin qu’elle a parcouru et ce qu’elle en concluait. Je retranscris ici ce qui m’a paru essentiel. Pour l’écouter, c’est ici.

 » Ce sont ces moments de la vie qu’on rencontre (…) où vous ne voyez pas l’issue, vous ne voyez pas comment vous en sortir, parce que l’émotion et la réalité sont trop fortes (…) la manière de pouvoir avancer est de se confronter complètement à son côté émotionnel, de le dominer, pour survivre.
Comment ça se passe, le temps, quand on est dans une forme de vortex, en face de l’inconnu et en déni ? (…) Le déni se délite et puis on réalise que la vérité est là
(…) on ne peut pas nécessairement effacer [la honte sociale éprouvée dans ces situations]. Peut-être le temps va l’effacer, mais est-ce que le temps va l’effacer dans le coeur et les tripes de la personne ? Est-ce qu’on peut effacer ce qui a été fait ? Non, on ne peut pas. On est obligé de trouver le chemin de l’acceptation de cela, même si c’est terrible, si c’est quelque chose qu’on ne peut peut-être pas pardonner. On peut se demander aussi si on peut vivre sans le pardon ?

Concernant le fait que le personnage central du film, Hannah, ne tourne pas le dos à son époux emprisonné
C’est le choix intime de l’être humain en face de l’homme avec qui elle a peut-être partagé 40-50 ans de sa vie. Qui sait si elle va le rejeter, s’exclure et se mettre en marge complètement sans lui, est-ce qu’il y a une possibilité de vivre avec ou près de quelqu’un qui a vécu quelque chose qu’on ne peut pas accepter ? C’est tout le début de l’acceptation, la façon dont [le personnage] va en finir et en sortir.

À la question de savoir ce qu’elle ferait personnellement à la place du personnage
Chaque être humain ne peut pas dire maintenant sans être en face de l’expérience elle-même.

À propos des enfants
Ils sont porteurs d’une autre forme d’espoir, d’une innocence, même s’ils ne sont pas forcément innocents, mais ils n’ont pas été touchés par la vie, par certaines réalités qui peuvent les détourner.

Les aspects universels du personnage d’Hannah
La souffrance d’Hannah, c’est la souffrance générale qu’on a dans la vie. On ne sait pas nécessairement d’où ça vient. C’est le poids de notre histoire, de notre culture, de notre héritage, d’où on vient il y a très longtemps. On porte en nous des choses qu’on ne comprend pas. (…) Elle va ranger tout, effacer tout, nettoyer tout, donner tout, pour pouvoir tenter cette dernière chance [de la fuite].

À propos de la fin de la vie
Quand on arrive à mon âge (71 ans), on sait que le temps est compté, on sait que le temps qu’on a de vie active très belle est compté, et c’est la première fois qu’on sent ça. Je ne l’ai même jamais envisagé avant ça. Et si le temps est compté, ça veut dire que vous allez dans une réflexion autre, que je commence moi à 70 ans, parce que c’est par décades (…) On vit beaucoup de notre vie dans une forme de silence, qu’on oublie, dénie, où on dit que ce silence n’existe pas, et qu’on couvre avec du bruit tout le temps, mais ce silence existe en nous, c’est notre monde inconscient qui est en éveil tout le temps, mais on ne l’écoute pas, on ne veut pas trop l’écouter, sauf que ça vient dans les rêves. Alors tout ça, c’est quand on est confronté à un changement absolu de la vie, où est-ce qu’on va ? On va vers ce monde-là. On est obligé d’approcher ce monde du silence (…) les silences sont très difficiles à écouter, parce qu’il faut le silence pour écouter le silence. On sait comment prier. Comment on fait des prières si on n’est pas religieux ? On demande l’aide, on parle à Dieu, mais Dieu c’est quoi ? (…) Le silence pour l’être humain est une richesse absolument énorme, et si on ne le rencontre pas maintenant de notre vivant, ça va être plus difficile quand on approche de la vraie fin. (…)

Retour sur l’acceptation
Hannah vit son conflit, elle est obligée de l’accepter, elle va l’accepter (…) la chose la plus difficile c’est l’acceptation de ce qui nous perturbe parce que c’est trop perturbant, et trop dévastateur à l’intérieur de nous, alors on essaye de s’enfuir, mais Hannah ne le fait pas. »

 

La photo utilisée est de Siebbi (Charlotte Rampling) [CC BY-SA 3.0  (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons