Conduire une séance de yoga : les points essentiels

Toutes les formations de professeur de yoga abordent la façon de conduire une séance de yoga. Chaque forme de yoga possède sa base théorique qu’il revient ensuite à chacun d’intégrer pour l’utiliser, en cohérence avec sa personnalité.Parmi les différentes formes de yoga, le Hatha Yoga traditionnel (Shri Mahesh) possède une spécificité quant au guidage d’une séance. Pour développer cet aspect , j’ai été inspirée par l’article « Les arts martiaux japonais et le sentiment d’évidence : une certitude du corps entre savoir et savoir-faire » de Basile Doganis.

Conduire une séance de yoga : limiter l’usage de la vue

Limiter l'usage de la vue pendant la séance de yogaConduire une séance de Hatha Yoga traditionnel limite le recours à la démonstration, le professeur montrant peu les postures qu’il propose.

Car la démonstration ne facilite en effet qu’en apparence le cheminement de l’élève dans la posture. Utilisée de façon récurrente, la démonstration limite :

  • le développement de la concentration,
  • l’installation d’un rythme de séance où la régularité de la succession inspiration – suspension – expiration sous-tend le travail mental,
  • le travail intérieur.

La vue est le sens le plus sollicité par nos sociétés contemporaines de l’information et de la communication, mais aussi le plus développé chez la plupart d’entre nous, et celui qui nous détourne le plus facilement de notre espace intérieur.
Or, conduire une séance de yoga conduit à construire un temps en dehors du temps habituel du pratiquant. Par ailleurs, en observant le professeur (ou les autres élèves), l’élève ouvre les voies de la comparaison, stimulant l’activité du mental au lieu de la limiter.

Voix et mots dans le Hatha Yoga traditionnel

Côté professeur, la démonstration diminue la présence et l’attention aux élèves.
Ces aspects n’excluent bien entendu pas que le professeur sorte du rythme régulier de la séance et montre pour développer ses explications, lorsqu’il est nécessaire de préciser des points techniques. Nous signifions seulement que, dans le Hatha Yoga traditionnel, la démonstration est utilisé de façon dosée.

Ne pas montrer implique alors d’être précis et rigoureux dans le guidage vocal tout au long de la séance. Le choix des mots doit être juste pour amener à la réalisation du mouvement souhaité. Il est également nécessaire d’être concis : Saint-Exupéry disait que la perfection est atteinte quand il n’y a plus rien à enlever.

Voix et silence

Pour conduire une séance de yoga traditionnel efficacement, le guidage doit atteindre le plus directement l’élève. La voix est parente du souffle, elle est vibration. Elle est un élément profond de la communication entre personnes et sa variation d’un professeur à l’autre intervient dans les différences d’affinités (j’aime ou je n’aime pas ce professeur), au-delà d’une pratique commune.

L’emploi de la voix signifie aussi (et peut-être surtout) l’usage du silence. Il est aussi essentiel que le professeur sache rester silencieux, notamment au moment de la suspension du souffle dans le cas du Hatha Yoga selon Shri Mahesh. Seul le silence permet à l’élève de travailler sa posture sur les plans psychologique et spirituel, d’ouvrir la possibilité d’arrêter, même un bref instant, le mental.

Développer l’expérience intérieure

Favoriser l'expérience intérieure pendant la séance de yogaL’essentiel se produit hors du langage, en marge de la sphère du communicable. Voilà pourquoi l’expérience est fondamentale. Il ne s’agit pas de copier les mouvements que l’on observe chez quelqu’un d’autre mais de faire comme si on les réinventait. L’élève est accompagné par des suggestions pour le conduire à produire lui-même le geste et l’attitude appropriés.

La répétition des mouvements doit conduire à une évidence. « Chaque geste finit par sourdre d’une région si profonde et intime de la personne qu’il ne s’agit plus de la simple imitation d’un modèle extérieur mais d’une production ou d’une subtile synthèse personnelle où l’individu se reconnaît lui-même tout entier à chaque instant : chaque mouvement est une partie de lui-même, de sa vie, de son propre corps, de son passé entier, réorientés et canalisés d’une façon jusque-là insoupçonnée et placés sous un éclairage neuf, mais en parfaite continuité avec ce qu’il a toujours été. » (Basile Doganis)

La progression dans la pratique se fait en autant d’étapes que nécessaire, « autant de sentiments d’évidence jailliront de l’intérieur » où tout cela était en gestation, pour aboutir à une véritable mue.