Didier Lockwood et la vie

Didier Lockwood est décédé dimanche 18 février 2018. À l’occasion d’un des hommages qui lui fut rendu ce lundi matin, France Culture a diffusé l’extrait d’un entretien. Il y donne sa vision de la vie.

La vie aujourd’hui, c’est un lieu, un espace d’apprentissage, un espace de découverte, c’est un espace de transmission. Et j’ai l’impression, comme il existe une musique à chaque âge, qu’il existe une sagesse à chaque âge, et il ne faut pas essayer de brûler les étapes, et simplement de les vivre à fond, mais toujours éviter de rester sur des principes, des enseignements figés, toujours se remettre en question, mais jamais d’une manière douloureuse. Toujours dans l’espoir d’en savoir plus, et de mourir plus éclairés que nous sommes nés.

Ce qui m’intéresse dans ces propos du grand violoniste, c’est d’abord qu’il nous invite à penser la vie comme un lieu, un espace, alors que nous avons davantage tendance à penser la vie comme du temps, une suite de temporalités. Penser la vie comme un lieu lui donne, me semble-t-il, de l’épaisseur, alors que la penser comme du temps rend sa perception plus linéaire et notre perception plus passive. C’est un peu comme si nous étions embarqué dans un navire qui voguerait sur la ligne du temps. Au contraire, la notion d’espace ouvre la possibilité du mouvement, du déploiement de notre être. Cet espace nous permet d’occuper toute notre place.

Ensuite, Didier Lockwood évoque l’évolution de notre perception de la vie, en fonction de notre âge. Et il émet l’idée d’une sagesse spécifique à chaque âge. Il dit qu’il est possible d’être accompli à chaque étape de l’existence, et non pas de considérer qu’un enfant ou un adolescent manquerait de quelque chose par rapport à l’âge adulte (et quel âge adulte en plus ? Car nous ne voyons pas le monde la même façon à 30, 40, 50 ans, etc.). Voilà aussi pourquoi il est important de ne pas brûler les étapes, car ce serait courir le risque de passer à côté de l’essentiel, de possibles, d’expériences qui permettront l’évolution… Apprentissage, découverte ou transmission ne sont pas l’apanage d’un âge en particulier mais ces trois moteurs font partie de l’espace de la vie.

Notre point de vue sur le monde peut changer tout au long de la vie et nous confronter tour à tour à l’apprentissage, la découverte, la transmission. Nous devons explorer l’espace de la vie, et Didier Lockwood insiste sur le fait de « ne pas rester sur des principes, des enseignements figés ». Ce serait passer à côté des possibilités de connaissances que nous offre la vie, à côté de la possibilité de « mourir plus éclairés que nous sommes nés ».

L’image utilisée comme illustration a été à l’origine mise en ligne sur Flickr par vader-sk. Elle est utilisable sous les termes de cc-by-2.0.