Envisager une reconversion professionnelle

La reconversion professionnelle est une thématique très présente actuellement, dans les médias, et les réseaux sociaux. Les discours récurrents (et peut-être saoûlants à force…) développent l’idée que comme nous avons la pleine et entière responsabilité de notre bonheur, que celui-ci passe par la réalisation de soi, notamment à travers un métier épanouissant.

Les clichés sociétaux ne manquent pas de brouiller la réflexion car ils cadrent les caractéristiques de cet épanouissement par l’expression de grandes tendances : parmi elles, l’entreprise ! Si vous n’êtes pas un entrepreneur, vous ne valez pas grand-chose. Caricature, certes, mais pas si éloignée de la réalité. L’entrepreneur est la nouvelle figure de l’aventurier moderne : il ose sortir de sa “zone de confort”, va au bout de ses rêves / envies / ambitions, il a de la volonté, lui !

Toutes les raisons de douter d’un projet de reconversion sont bonnes à évaluer

Analyser son projet de reconversion professionnelleSi vous êtes sensible aux impératifs déclamés dans les médias et les réseaux sociaux, vous vous dites que cela ne peut plus durer comme ça, que vous devez vous y mettre, que cette insatisfaction, plus ou moins profonde, que vous ressentez dans votre vie professionnelle doit prendre fin et qu’il va falloir, vous aussi, vous reconvertir.

Alors vous entamez ce qui va peut-être devenir une prise de tête, voire une source d’angoisse en soi : vous réfléchissez, vous pesez le pour, le contre, tentez de définir ce qui pourrait véritablement vous correspondre, sans perdre de vue la portée économique, et du coup, l’élan initial s’étiole, jusqu’à en devenir presque culpabilisant : pas capable, trop risqué à cet âge-là, pas envie de me lancer dans une nouvelle formation, cela risque de coûter cher… Ce que certains qualifient de pensées négatives, sont autant de bonnes raisons de douter et d’affiner le projet.

La fin d’un rêve ?

Regarder votre vie passée pour vous dire que vous n’avez pas fait les bonnes études ou que vous n’avez jamais été bon à l’école, ou encore que vous n’avez jamais eu de chance… tout cela n’est guère utile. Vous n’êtes pas la même personne à 20, 30, 40, xx ans (lire mon article sur la maturité). Partez donc du présent qui reste le lieu de tous les possibles (quand vous déciderez d’arrêter de vous juger 🙂 ).

Selon l’aboutissement de la reconversion professionnelle, l’expérience de vie peut signifier la fin d’un rêve. Si l’échec (enfin, ce que vous qualifieriez d’échec s’il fallait que votre projet ne se concrétise pas) est au bout de la tentative, vous n’aurez plus de quoi rêver (enfin c’est ce que vous pensez maintenant). Si vous ne cheminez pas dans le projet avec conviction (si vous ne mettez pas l’énergie nécessaire pour que les choses se réalisent), vous y verrez de quoi conforter l’idée que vous êtes nul(le) : prédiction auto-réalisatrice (pour comprendre les ressorts culturels dont nous sommes l’objet, je vous invite à lire cet article).

Il ressortira toujours quelque chose de positif

Faire le pas de sa reconversion professionnellePour vous “nettoyer la cervelle” de tous ces mécanismes négatifs, je ne peux que vous recommander de regarder Kung Fu Panda, en particulier le premier de la série. Le dessin animé vulgarise une façon orientale d’appréhender la vie positive très enthousiasmante, à condition de se laisser porter par le “pourquoi pas” (lire mon article en lien avec cette question) ou encore le “et si” qui peut germer en vous. Le dessin animé met aussi en avant la nécessité de ne pas se prendre au sérieux. Conserver du recul sur sa vie est toujours précieux, et rien de mieux que l’humour pour ça.

La réflexion engagée pour étudier la possibilité d’une reconversion professionnelle est l’occasion de s’interroger sur vos ressorts et moteurs intérieurs. C’est le début d’un travail d’introspection (lire mon article en lien avec cette question). Certains sont plus versés à l’exercice que d’autres, et l’analyse sera plus facile. Même si l’idée d’une reconversion professionnelle n’aboutit pas, vous n’aurez pas perdu votre temps, je vous l’assure ! Ça pourra être un premier pas vers vous-mêmes et qui résonnera d’une manière inattendu dans votre vie.

Mais soyez honnête -et c’est sans doute le plus difficile-, ne laissez pas les fantasmes de la société vous rattraper. C’est pour cela qu’un regard extérieur peut être utile (vraiment extérieur, n’allez pas chercher dans la famille ou le cercle d’amis, mais une personne dont c’est le métier d’accompagner, comme moi 🙂 )

Une analyse sérieuse

Il ne s’agit pas de s’arrêter à la première idée négative qui surgit mais bien de creuser le projet et d’envisager toutes les possibilités.

L’entrepreneur américain Tim Ferris invite à travailler sur ses peurs plutôt que sur ses objectifs, en dressant une liste des conséquences négatives qui pourraient se produire si vous décidiez de faire le pas de la reconversion. Cela va à l’encontre du fameux exercice des pensées positives qui vise à n’imaginer le futur que sous l’angle de l’atteinte des objectifs.
L’invitation de Tim Ferris rejoint la pratique de certains philosophes antiques qui préconisaient de penser au pire : en anticipant les barrières qui peuvent se dresser sur notre chemin, nous sommes davantage en mesure de préparer la parade et de construire les moyens de contourner l’obstacle ou de le rendre plus franchissable.

La question économique

Votre situation financière et les conséquences économiques du projet de reconversion (toutes les reconversion ne sont pas aussi risquées que d’autres) doivent être étudiés minutieusement. Dressez la liste des charges récurrentes : logement, nourriture, santé, transports. Où est l’essentiel et le superflu ? À quoi puis-je renoncer ? À quoi peut renoncer la famille ?

Si votre salaire contribue fortement à répondre aux besoins de la famille, le risque est en effet important. De nombreuses success stories liées à la reconversion glissent souvent sur ce détail. Un ancien trader devient menuisier, ou encore un ancien cadre de banque ouvre son restaurant… Leurs précédentes activités leur a peut-être permis de mettre de côté la somme d’argent nécessaire pour vivre 3-4 ans sans toucher de salaire, ou de toucher une indemnité de chômage confortable. Reste la possibilité que le conjoint touche un salaire élevé et soit seul en mesure de “faire bouillir la marmite”.

Un projet de reconversion est souvent un projet collectif

Une reconversion professionnelle s'envisage à plusieursÀ ce stade de la réflexion, l’idée qu’un projet de reconversion est aussi un projet de couple, voire de famille émerge. Vous aurez besoin du soutien de vos très proches car s’ils ne sont pas volontaires, le projet sera compliqué à vivre pour tout le monde. Le projet de reconversion peut donc être l’occasion de renégocier le contrat qui lie les différentes personnes de la famille. À moins de vivre seul, on ne se reconvertit pas sur un coup de tête sans mesurer l’impact sur les personnes qui dépendent de nous.

Même si la société ne le valorise pas, sachez que vous pouvez tirer une grande satisfaction personnelle en mettant entre parenthèses vos aspirations individuelles, le temps que les conditions soient plus favorables ou plus légères, parce que avez fait le choix d’aller au bout de vos engagements (fonder une famille et la faire vivre, par exemple), démontrant ainsi votre sens moral.