Jeûner : pourquoi et comment

Nous évoluons dans un monde de symboles. Et par là, nous ne mangeons pas seulement pour nous nourrir. La sélection de nourriture, dans un contexte de choix qui dépasse la seule survie, n’est pas réduite à l’apport d’énergie. Les dimensions plaisir, santé, culture, religion, valeurs se reflètent dans nos assiettes. La pratique du jeûne se place dans ce système de références.

Jeûner : de quoi parle-t-on ?

Le Larousse donne deux définitions du jeûne. La première est un arrêt total de l’alimentation, avec maintien ou non de la consommation d’eau. Cet arrêt complet d’alimentation peut prendre le nom de « grève de la faim » dans des contextes symboliques.

Pour rappel, on peut rester, en moyenne environ 40 jours sans manger, 3 jours sans boire, et 3 minutes sans respirer. Au-delà de ces durées, pour la plupart d’entre nous, c’est la mort.

Une seconde définition évoque la pratique religieuse. Dans ce cas, la privation de nourriture peut être soit complète, ce qui revient à la première définition, soit partielle. Lorsque la privation de nourriture est partielle, il s’agit alors de modification du régime alimentaire. L’utilisation du terme « jeûne » pour nommer cette pratique rend les choses un peu confuses, alors que l’emploi du mot « diète » pour les privations partielles de nourriture serait plus clair.

Conséquences de la privation d’aliments

La privation d’aliments vise à créer la carence. Les glucides sont essentiels au fonctionnement normal du corps (voir plus bas : Retour sur les bases de l’alimentation). Les jeûnes supprimant notamment les glucides, visent à mettre en place un fonctionnement « anormale », inhabituel, du corps.
Le corps est capable de fabriquer du glucose à partir de protéines. Soit en puisant dans celles apportées par l’alimentation, soit en puisant dans les muscles.
Dans les deux cas, le fonctionnement de secours produit beaucoup de déchets acides (acidose).
L’acidité dans le sang (appelée acidose) perturbe l’activité des enzymes, agresse et déminéralise les tissus, modifie le microbiote intestinal.

Pour aller plus loin dans les mécanismes, lire cette synthèse d’études concernant la grève de la faim.

alimentation des bouddhistesOn a coutume d’entendre que le jeûne « nettoie » l’organisme et nous venons de voir qu’il fabrique en réalité des déchets ! C’est à n’y plus rien comprendre…

Si l’acidose créée par le jeûne est défavorable au fonctionnement des bonnes cellules, elle l’est aussi à celui pour les mauvaises cellules (type cancer et autres maladies dégénératives) éventuellement présentes dans l’organisme. C’est pourquoi on trouve une littérature scientifique associant jeûne et lutte contre le cancer.

Le jeûne affaiblit aussi l’organisme. Si vous êtes malade, cette pratique risque de favoriser la progression de la maladie.

Par le passé, le jeûne était souvent effectué dans un contexte religieux. L’acidose modifie également le fonctionnement du cerveau : au bout de 3-4 jours de privation totale de nourriture (mais non pas d’eau, soyons clair là-dessus, il faut rester vigilant à hydrater suffisamment et constamment le corps, jeûne ou pas), se produit un état de légère euphorie et d’endormissement léger, favorable au sentiment de quête spirituelle.

Notons qu’un séjour en très haute altitude aura des effets semblables d’acidose : on connaît les délires dus au mal aigu des montagnes pouvant entraîner la mort s’il n’y a pas d’encadrement approprié pour aider la personne à redescendre.

Être accompagné pour jeûner

Il ne faut jamais jeûner à la légère car tout dépend de la capacité du corps à le supporter.

Dans un cadre religieux ancestral, le jeûne se faisait sous la surveillance de la communauté religieuse, dans laquelle un savoir en lien avec cette pratique de non-alimentation s’était transmis. Dans d’autres contextes culturels, le chaman ou le guérisseur de la communauté a un savoir qui est le pendant de notre médecin en Occident. Celui qui pratiquait le jeûne ne le faisait jamais seul.

S’il semble qu’elle puisse enrayer le développement des cellules d’un cancer tout juste débutant (et pour cela il faut pratiquer le jeûne régulièrement, pour s’assurer de s’attaquer à la maladie dans ses premiers stades de développement), je doute fort de son efficacité sur la guérison d’un cancer étendu.

Retour sur les bases de l’alimentation

En Occident, on classe les aliments en 7 familles distinctes : boissons, fruits et légumes, céréales et féculents, produits laitiers, viandes et poissons, corps gras, sucres. Tous ces aliments ne sont pas consommés de la même façon dans le monde, selon leur disponibilité ou leur prix, selon la culture également. Mais certains sont indispensables à une vie équilibrée, les autres répondant par exemple à une recherche de plaisir.

Le raisonnement concernant une alimentation équilibrée se fait sur la base des éléments chimiques apportés par les aliments.

L’eau, est la seule boisson indispensable à l’organisme.

Les céréales et les féculents sont des aliments indispensables pour assurer le fonctionnement optimal des muscles et du cerveau. C’est en effet à partir de ces aliments que le corps fabrique son carburant : le glucose.

Jeûne et yogaLes minéraux comptent énormément dans l’équilibre alimentaire. Le plus connu est le calcium qui intervient notamment dans la transmission du signal nerveux et dans le travail musculaire. On en trouve dans les produits laitiers, mais aussi les amandes séchées, les haricots blancs, les choux, les radis. D’autres minéraux doivent aussi être absorbés : magnésium, fer, sodium, phosphore, zinc, sélénium.

Les acides aminés assurent nombre de processus vitaux comme l’immunité. Le corps ne sait pas fabriquer certains d’entre eux : ils ne peuvent donc être apportés que par l’alimentation. Les viandes, le quinoa et le soja, les produits laitiers, l’œuf et les poissons sont capables d’apporter tous ceux que le corps ne sait pas fabriquer. Les végétaux n’en apporteront que quelques-uns : il faut donc savoir combiner les végétaux entre eux pour être sûr qu’il ne manque pas d’acides aminés dans l’alimentation.

Vitamines et fibres sont aussi nécessaires. Ils sont apportés par les fruits et les légumes.

À cette liste, s’ajoutent les matières grasses (qui se trouvent dans les fromages, la crème, le beurre, les huiles végétales, les viandes, les poissons), qui apportent des acides gras essentiels que le corps ne peut pas fabriquer non plus et qui permettent l’absorption de vitamines.

S’alimenter selon ses besoins

Symbolique oblige comme nous l’avons souligné en début d’article, les besoins peuvent être d’ordre physique ou psychologique.

Nos orientations gustatives, innées et acquises (un court article du Figaro Santé en parle) nous porte davantage vers certains aliments plutôt que vers d’autres. Les cycles hormonaux influencent la perception des aliments (d’où les fameuses envies alimentaires des femmes enceintes).
Les besoins du corps varient selon l’activité physique : les sportifs de haut niveau ont souvent besoin de mettre en place un régime alimentaire spécifique. C’est un spécialiste qui établit le régime qui est adaptée à leur métabolisme personnel.
jeûne et yoga

Le choix d’un aliment peut se faire se faire sur des critères de santé. 12% des pratiquants de yoga sont végétariens quand seulement 3% dans la population non pratiquante de yoga le sont.

La suppression de la viande de l’alimentation est possible, à condition de savoir ce que l’on fait pour s’assurer que l’organisme ne développera pas de carences. Ce choix relève de dimensions éthiques et/ou religieuses. Il est intéressant de noter qu’une communauté comme celle des bouddhistes ne fait pas l’unanimité autour des questions alimentaires. Je vous invite à lire cet intéressant développement sur la question « comment un bouddhiste doit-il se nourrir ? ».

Le sucre est l’élément dont il faut le plus se méfier. Le glucose est le carburant du corps mais son fort pouvoir de plaisir le place au-dessus du niveau d’addiction des drogues dures les plus addictives.
Il est indispensable d’être vigilant et de limiter sa consommation (voir les recommandations 2015 concernant la consommation de sucre) afin de ne pas user prématurément le pancréas en charge de fabriquer l’insuline et les enzymes capables de digérer les graisses.