L’âyruveda ancien : textes et principes

Source de l’image ci-dessusL’article que vous allez lire prend sa source dans celui de Michel Angot, L’âyurveda ancien et contemporain en Asie du Sud et en Occident.

L’âyurveda se traduit par « connaissance de l’art de vivre« . Elle développe une approche globale de l’être humain. Et si la préservation de la santé par la médecine en est le cœur, le contenu de cette connaissance la dépasse et s’occupe aussi de philosophie et de religion.

Les principaux textes consacrés à l’âyurveda sont les volumineux Caraka-Samhitâ et Sushruta-Samhitâ, datant des débuts de l’ère chrétienne, et la Vagbhata-Samhitâ, un peu plus tardive ((Samhitâ signifie « Collections »).
Ces textes sont composés en sanskrit, langue savante accessible aux seuls brahmanes. Le savoir lié à ces textes est détenu par ces seuls érudits jusqu’au XIXe siècle. La zone géographique où le sanskrit est utilisé s’etend au-delà de l’Inde géographique telle que nous la connaissons aujourd’hui, pour s’étendre à l’Asie du Sud et au Sud-Est sub-himalayen.

En parallèle, il existait une médecine populaire, inconnue avant le XVIe siècle, lorsque les européens ont commencé à voyager en Orient, et les études ethnologiques plus récentes.

Diffusion

Le contenu de ces textes s’est diffusé au-delà de la zone d’origine, probablement grâce aux développements du bouddhisme. L’essentiel de la médecine traditionnelle tibétaine en est issu et la Caraka-Samhitâ a été traduite en persan et en arabe.
Cette diffusion a en retour permis quelques enrichissements du savoir original, comme l’intégration du diagnostic par le pouls au XIIIe siècle, provenant soit de la médecine chinoise ou plus vraisemblablement de la médecine musulmane.

Âyurveda ancien

Conception du corps

Cette médecine distingue trois éléments chez l’Homme : le corps, le mental et l’âme.

L’âyurveda s’est construit en lien avec son cadre culturel et, à sa conception, c’est le brahmanisme qui constituait ce cadre (philosophique, religieux, social). Voilà pourquoi, par exemple, dans la Caraka-Samhitâ, la digestion est décrite en lien avec le sacrifice.

Le corps est vu comme une agglomération de tissus traversés par des fluides. Il est percé de trous et constitué de canaux où circulent ces fluides.
Les éléments fondamentaux constituant l’univers (terre, eau, feu, air et vide) se matérialisent différemment selon l’emplacement dans le corps. Prenons l’exemple du feu : il est “feu cuiseur” en lien avec la digestion, “feu colorant” en lien avec le sang, “feu voyant” en lien avec la vue, “feu brillant” en lien avec le teint.
Les tissus et la circulation des fluides sont affectés par les dosha qui troublent l’équilibre du corps : vâta « vent », pitta « bile » et kapha « flegme ». Des trois, vâta est le plus actif.

Le corps déséquilibré

Les dosha entre en forte correspondance avec les humeurs d’Hippocrate, médecin grec vers 400 avant notre ère. Les maladies sont des perturbations des “humeurs”, par excès, insuffisance ou déplacement. Ces humeurs reprenaient les quatre éléments fondamentaux déjà utilisés par Empédocle : l’eau, la terre, le feu et l’air.

L’âyurveda des temps anciens est une médecine “écologique” (F. Zimmermann,1982) car le souci de l’environnement et du contexte est constant. Dans un monde en mouvement, chacun de nous doit s’adapter en permanence et donc change avec lui. Aucune nourriture n’est “saine” en soi car elle est sert aussi à corriger les déséquilibres du corps avec son environnement.

Chacun de nous possède d’une constitution de base : prakrti. Elle évolue en fonction de nos activités, de notre environnement naturel et culturel et s’adapte : elle devient vikrti. Pour atteindre l’équilibre, il faut rester dans l’adaptation et non glisser vers la déformation de la prakrti.

Partie d'un traité de médecine ayurvédique : Susruta-Samhita ou Sahottara-Tantra
Los Angeles County Museum of Art, Népal XIIe-XIIIe siècle, encre et aquarelle sur feuille de palmier. Identification incertaine : Susruta-Samhita ou Sahottara-Tantra

Maladies

L’âyurveda ancien reflète la culture de son époque. La Caraka comprend ainsi une liste de remèdes à caractère magico-religieux. Les remèdes sont parfois associée à la récitation de formules védiques. Dans la Sushruta, une morsure de serpent est soignée par un garrot (pour empêcher la diffusion du venin) accompagnée de la récitation de mantras. Mais comme une mauvaise prononciation peut rendre un mantra inefficace, des remèdes médicaux sont aussi associés.

L’âyurveda ancien ne soigne pas toutes les maladies car plusieurs causes peuvent conduire à une même maladie : désordre des dosha, magie hostile, sanction d’un acte commis dans une vie antérieure, etc. L’âyurveda n’interviendra que sur les maladies provenant d’un défaut dans le mode de vie en cours. Le médecin n’interviendra pas non plus si la maladie est incurable car on ne cherche pas à échapper à sa destinée, mais, au contraire, à l’accomplir.

Nourriture et médicament

Sarvam annam « Tout est nourriture ». La nourriture ne se limite pas aux seuls aliments et concerne aussi les images, les sons, les contacts, les odeurs que nous percevons. Le corps est influencé par tout ce qui provient de l’extérieur. Ainsi, tout est médicament (au sens de « susceptible de posséder des vertus thérapeutiques »). La différence entre nourriture-aliment et médicament est finalement faible : si ce qui est consommé l’est en quantité adéquate, au bon moment, dans le lieu approprié, etc., il est facteur de santé. Dans le cas contraire, il altère l’équilibre des humeurs.

Le médecin prend en compte l’homme qu’il soigne dans son ensemble, y compris son environnement culturel et idéologique. Mais les textes anciens révèlent que le médecin peut contourner les convictions spirituelles d’un patient qui s’avèreraient contre-productives pour sa santé. La Caraka explique comment tromper un brahmane végétarien pour lui faire prendre une nourriture reconstituante à base carnée. En lui assurant qu’il n’y a pas de viande, le brahmane n’a pas le sentiment d’enfreindre les devoirs liés à son statut et assimilera mieux la nourriture.

L’âyurveda d’aujourd’hui reprend des éléments de l’âyurveda ancien mais s’en distingue. Je rédigerai un autre article sur l’âyurveda contemporain.

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