De l’art à la méditation

Le terme apparaît désormais dans les univers du management car il véhicule la promesse d’une amélioration des performances des employés. Mais qu’est réellement la méditation ?

La méditation de Patanjali

Revenons à l’Ashtanga Yoga de Patanjali, évoqué au début de notre article sur la connaissance de soi. La méditation (dhyana) est le 7e membre, suivie du 8e, ultime qu’est le samadhi, et précédée de la concentration (dharana). Dans ce contexte, la méditation n’est pas un moment, mais un état permanent de l’individu, dans lequel la pensée devient imperturbable. La concentration est l’aptitude à fixer sa pensée sur un objet. Il y a donc un mélange et « méditation » désigne davantage un exercice de concentration qu’un état permanent de quiétude.
La méditation de Patanjali serait finalement très proche de l’ataraxie des stoïciens.

Prendre le contrôle

Nous sommes nombreux à vouloir prendre le contrôle de notre esprit qui se révèle souvent être capable d’une forme d’autonomie. La pensée de l’être aimé peut nous empêcher d’être pleinement dans l’instant présent, tout comme il peut s’avérer difficile d’empêcher les ruminations lors d’un réveil intempestif au cœur de la nuit, qui entraînent une incapacité à se rendormir sur le champ. Le yoga conduit à apaiser ces tensions internes, soit en exerçant le corps, soit en exerçant l’esprit, soit en disciplinant l’action quotidienne.

Prendre le temps

Des moments forts, de type méditatifs, peuvent heureusement se manifester en dehors de toute pratique du yoga. Le yoga reste une méthode sûre pour développer le potentiel humain, ce qu’il y a de plus élevé chez lui.
En écoutant le témoignage de l’historien de l’art Daniel Arasse (cliquez ici pour l’écouter à partir de 15’30), j’ai pensé qu’il a vécu un moment suspendu de méditation (au-delà de la concentration, préalable nécessaire). Il va au musée de Dresdes pour voir « un tableau-mythe de l’histoire de la peinture » : la Madone Sixtine de Raphaël. Il est gêné par un contexte peu propice à la contemplation et notamment une plaque de verre qui reflète les néons de l’éclairage. Il est tout de même resté devant la peinture, assez longtemps pour se donner le temps de faire abstraction de tout élément gênant (la phase de concentration). Et finalement « la peinture s’est levée » (le moment de grâce) et il a vu le tableau comme « le plus profond intellectuellement de l’histoire de la peinture européenne » et aussi un des plus émouvants au regard de l’ensemble de la production artistique de Raphaël. Depuis, il est riche de cette émotion sans plus avoir besoin de revoir l’oeuvre.

L’état de méditation

La méditation advient ou n’advient pas. C’est un état présent dans le monde en permanence. Ce n’est que si nous sommes préparés que nous pouvons l’atteindre, ponctuellement. La pratique du yoga favorise la possibilité d’accueillir cet état, mais il n’est pas possible d’entrer en méditation par la volonté.

Le 8e membre de l’Ashtanga Yoga, ne concerne finalement que très peu de personnes : le samadhi, l’état de méditation permanent, est en effet un état où l’ego est dissout, dans lequel le voile de l’illusion est définitivement levé.