Yoga et angoisse : ateliers

À la rentrée de septembre 2020, dans le contexte sanitaire de la Covid-19, la Fédération francophone de yoga invite les professeurs à organiser des ateliers de gestion de l’angoisse. Je fais partie de ces professeurs qui répondent positivement à l’appel, pour aller au-delà de la pratique sur le tapis, pour insister sur les implications concrètes du yoga. Ce texte peut se lire comme une introduction aux sessions que je propose : qu’est-ce que l’angoisse et en quoi le yoga peut aider à la gérer ?

L’angoisse est la conséquence de la liberté

Au début du 19e siècle, Søren Kierkegaard, penseur religieux, ausculte son existence. Il cherche, à partir de sa propre expérience, à comprendre la condition humaine. Pour lui, l’angoisse est inhérente à la conscience et à l’expérience de la liberté. Certains estiment que cette incertitude fait le sel de la vie, d’autres en conçoivent une grande fatigue, d’autres encore s’illusionnent d’y échapper. Car ceux qui ne connaissent pas l’angoisse sont-ils tout à fait humains ? (…) L’angoisse nous rappelle qu’être vivant n’est pas sans prix (Anne Dufourmantelle). Dans la conception religieuse de S. Kierkegaard, l’angoisse est là car le champ des possibles est aussi celui du péché ; en termes plus laïcs, c’est la possibilité de faire le mauvais choix.

L’angoisse est d’autant plus difficile à résoudre qu’elle est un fait psychologique et qu’en tant que tel, il n’est ni cantonné au spirituel ni au corporel, mais il se passe dans l’homme tout entier. L’angoisse est un corps à corps presqu’entièrement immatériel, son territoire de guerre est psychique mais son action est d’abord physique.

Il y a des différences depuis S. Kierkegaard car les sociétés ont évolué. Le modèle disciplinaire du 19e siècle était fait de gestion des conduites, de règles d’autorité, de conformité aux interdits. Ce modèle assignait aux classes sociales, aux hommes comme aux femmes, un destin. Mais aujourd’hui, ce modèle n’a plus vraiment cours : il a cédé devant d’autres normes qui, elles, incitent chacun à l’initiative individuelle tout en l’enjoignant à devenir lui-même. L’hystérie était la maladie qui correspondait au premier modèle : elle avait cours dans une société où l’arbitrage se faisait entre ce qui était permis et ce qui était défendu. L’hystérie était l’angoisse de l’interdit.

Désormais, l’hystérie ne fait plus parler d’elle. Elle a laissé la place à la dépression, maladie de la responsabilité dans laquelle domine le sentiment d’insuffisance qui se développe dans une société où l’arbitrage se fait désormais entre ce qui est possible et ce qui est impossible. Le déprimé n’est pas à la hauteur, il est fatigué d’avoir à devenir soi-même. La dépression est l’angoisse de l’incapacité. Car la dépression renvoie de moins en moins à la culpabilité et de plus en plus à l’inhibition. Les individus sont plus qu’invités à sortir de “leur zone de confort”, à dépasser le “syndrome de l’imposteur”. Ce n’est plus le refoulement de désirs interdits qui est à l’origine du trouble, mais le poids du possible.

En 1984, Milan Kundera ouvre L’insoutenable légèreté de l’être sur l’impossibilité de tester au préalable nos décisions. Nous arbitrons en permanence entre le bon et le mauvais choix, à l’aveugle. Les conséquences de nos choix ne nous apparaissent jamais clairement, les projections développées en amont étant hasardeuses. Le cours de nos vies révèle lui-même des situations que nous n’aurions jamais pu anticiper. Nous mesurons alors à quel point notre liberté est mince et nos vies précaires. Cela est particulièrement angoissant, d’autant plus que les jugements et regards accusateurs se déploient vite sur nos actes.

Le yoga n’a pas été développé pour lutter contre l’angoisse…

L’un des effet du développement de la spiritualité, c’est la diminution de l’angoisse. Pourquoi ? Parce qu’il y a comme un appel à dépasser sa personne.

Il y a une opposition entre la vie dans ce monde et la vie hors du monde. Ce que je veux dire, c’est que les sages authentiques n’ont généralement pas de famille et pas de travail. Parce qu’avoir une famille, ce sont indubitablement des soucis, à un niveau ou à un autre. Le travail implique tout un tas d’interactions non choisies avec des personnes que l’on apprécie ou pas. Réussir à “gérer” tout cela n’est évidemment pas impossible, mais c’est source de stress, de tensions, de soucis et toutes sortes de choses qui peuvent peser sur le long terme. Nous sommes inégaux et nous ne possédons pas les mêmes aptitudes, de la même façon qu’il y a des blonds et des bruns, des grands et des petits, des rapides et des lents, des sensibles et des plus hermétiques, des gens qui sont plus dans les émotions et d’autres davantage dans la raison, etc., nous ne sommes pas égaux face à l’angoisse.

Tout cela laisse penser qu’il faut peut-être “se lâcher la grappe”. Parce qu’à force de se demander si on fait bien ou mal, d’avoir peur des conséquences de nos actes, de se demander si demain sera meilleur ou pas, on en vient à dépenser une énergie folle pour des choses qui n’ont pas tant d’importance, parce qu’on se concentre sur des faits qui ne seront probablement plus les mêmes demain, tant le monde bouge vite et de façon inattendue.

“Be like water” disait Bruce Lee. Il faut le connaître pour savoir interpréter cette invitation. Mais on peut s’en saisir à notre façon pour le meilleur. Être souple, s’adapter à l’environnement sans changer de nature profonde, voilà une partie de ce vers quoi nous pouvons cheminer. S’adapter ne veut pas dire ne pas avoir de valeurs fondatrices, mais agir avec souplesse à partir de ces valeurs qui nous guident. Conserver notre nature, c’est renoncer à céder aux impératifs extérieurs qui finissent par nous faire perdre nos repères tant ils sont nombreux et peuvent être parfois contradictoires.

Alors, oui ! Le yoga n’est pas fait pour délivrer de l’angoisse, mais il y contribue fortement. Parce qu’il ouvre l’espace de conscience par le simple fait de respirer (comment respirez-vous au moment où vous lisez ces lignes ?), parce qu’il nous conduit à dépasser notre seul personne. La dissolution du “je” se touche dans un subtil jeu d’équilibre qui peut prendre du temps à mettre en place. Car le “je” c’est aussi ces mécanismes de survie qui nous protègent. Mais ils sont pour beaucoup issus de réflexes archaïques, et ils peuvent être inadaptés par rapport aux besoins de la vie contemporaine. Voilà pourquoi, le pas à coté de soi, pour considérer le monde sous un autre angle peut être salvateur. Et le yoga aide indéniablement à faire ce pas de côté.

Ateliers gestion de l’angoisse

Je mets en place une série de 4 séances d’1h réparties sur 4 semaines consécutives.
Elles se basent sur la maîtrise de la respiration et de la concentration.
Tarif de 72 euros les 4 séances.
Jour et heure à définir avec les participants pour s’adapter au mieux aux emplois du temps de chacun.
4 participants maximum par session.

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