Définition du yoga contemporain : essai

La pratique du yoga aujourd’hui est comme un puzzle un peu disparate dont les pièces ont parfois du mal à s’imbriquer les unes dans les autres. Poser une définition du yoga est comme une gageure car le yoga est finalement un mot unique qui cache une forêt de pratiques. La plus répandue et la plus connue de ces pratiques est le yoga postural, qui consiste à placer le corps dans différentes positions appelées postures. Étonnamment (s’étonner des évidences permet de prendre de la hauteur), ces postures créent des effets physiques et psychologiques, contribuant à la santé du corps et de l’esprit.

Le yoga est un sport

Sans le réduire à cela, le yoga a beaucoup à voir avec la gymnastique car le yoga a pu renaître au 19e siècle en s’appuyant sur cette pratique du corps. Le yoga revêt également des dimensions sportives. Côté compétition, il n’y a à ma connaissance que les Américains qui organisent des compétitions de yoga. Mais il s’agit bien d’une activité physique, qui requiert de l’effort pour lutter contre des résistances que le pratiquant de yoga a identifié, et dont la pratique suppose un entraînement méthodique et le respect de règles. Si le ressenti prend beaucoup de place dans la pratique du yoga aujourd’hui, la mobilisation du corps nécessite une rigueur sans laquelle l’efficacité est réduite.

Le yoga est une pratique qui a fait ses preuves pour améliorer le bien-être physique, et même supprimer un certain nombre de troubles, physiologiques et psychosomatiques, mais finalement comme de nombreuses activités sportives. De nombreux troubles physiologiques trouvant leur source principale dans la sédentarité des modes de vie occidentaux, logiquement, le simple fait de faire mobiliser son corps agit sur ces troubles. Le sport est, d’une manière générale, reconnu pour avoir des effets positifs sur la dépression, le taux de cholestérol et de glycémie, la tension artérielle, le rythme et la qualité du sommeil, le maintien de l’homéostasie du squelette, le renforcement du système immunitaire, l’amélioration des douleurs lombaires, de l’arthrite et de l’ostéoporose, etc. 

Le yoga n’est pas n’importe quel sport

Mais le yoga occupe une place dans la galerie des activités physiques bienfaisantes pour trois raisons.

La première, c’est que la pratique est accessible à tous, quel que soit son âge et sa condition physique.
La seconde, c’est que le yoga mobilise le corps d’une façon particulièrement complète. En effet, une séance classique aborde des postures debout, en assise, sur le dos et sur le ventre, utilisant l’ensemble de la chaîne musculaire.
La troisième, c’est que le yoga appelle la prise de conscience de la réalisation du geste. Cela tire d’ailleurs le yoga du côté de l’art et tisse des liens avec la danse, par exemple. C’est peut-être ce qui a conduit certaines personnes à créer le courant du Vinyasa yoga où les postures s’enchaînent avec douceur et grâce.

En gymnastique, finalement ce qui compte, c’est de mobiliser tel muscle ou telle articulation. En yoga, ce qui compte, c’est la façon de mobiliser le muscle ou l’articulation. Et l’efficacité du geste, de la posture, s’évalue d’abord par le pratiquant lui-même, à partir des sensations qu’il identifie, son observation s’affinant au fur et à mesure qu’il développe sa pratique.

Le yoga est un art

Les dimensions esthétiques ne sont pas laissées de côté. L’exposition des corps en posture fait partie de l’histoire du yoga. Le Souffle des Dieux, documentaire allemand de Jan Schmidt-Garre sorti le 19 mars 2014, en témoigne. La renaissance du yoga est en effet passée par une phase d’exposition avec des démonstrations de classes de yoga organisées pour le Maharadja de Mysore.

La beauté ne constitue certes pas le but du mouvement, mais est la conséquence du geste compris, maîtrisé, abouti, accompli, c’est-à-dire un geste pleinement vécu, dans le corps et l’esprit, et cela quel que soit le niveau de souplesse du pratiquant. Cet aboutissement nourrit généralement une satisfaction qui relève de l’intimité.

Toutefois, la forte dimension d’exposition de nos sociétés contemporaines encourage la publication massive de photos de jeunes femmes à la silhouette élancée, témoignant de la maîtrise de leur corps par la réalisation de postures si acrobatiques qu’elles sont souvent inaccessibles à de simples professeurs de yoga. Mais, la qualité première d’un professeur est la pédagogie. Elle se développe à partir de sa pratique. Mais comme il s’agit d’une pratique intériorisée, la qualité d’un professeur ne se mesure pas à sa souplesse, mais à sa capacité à faire progresser ses élèves.

Le yoga est donc tout à la fois gymnastique, sport, art, chaque pratiquant privilégiant finalement la dimension qui lui est la plus utile. Mais ce n’est pas encore tout ! Certains résument le yoga à la science de la respiration. C’est qu’elle le pilier de la pratique, y compris pour la pratique des postures : sans travail spécifique visant à maîtriser la respiration, les postures ne sont pas du yoga.

Le yoga dans le contexte culturel occidental

Pour ce qui est du travail de l’esprit et des aspects philosophiques voire métaphysiques du yoga, le yoga d’aujourd’hui n’a plus beaucoup à voir avec ses origines. Alors même que le contexte qui a vu naître le Hatha Yoga était lié à une conception divine de l’univers, on dit aujourd’hui qu’il est complètement exempt de toute référence religieuse.

De nos jours, les pratiquants de yoga réfléchissent à leur vie et au sens qu’elle a, imprégnés par leur propre culture. Ils peuvent bien sûr y greffer des croyances comme celle concernant le cycle des réincarnations. Mais alors qu’un Indien n’a jamais cherché à démontrer quoi que ce soit, les Occidentaux, au contraire, voudraient trouver des preuves que ce n’est pas une simple croyance mais bien une réalité, et échafaudent des discours parfois bien alambiqués. Alors que la culture indienne est un monde sans commencement, notre monde occidental est un monde ayant un commencement, qu’il relève de l’acte divin pour certains ou de l’événement qui s’appelle Big Bang. Le temps indien est cyclique quand le temps occidental est linéaire.

Le yoga pratiqué aujourd’hui n’est donc ni indien, ni occidental et de surcroît, il s’adapte aux besoins. Quand il est en Chine un yoga de la performance, complètement hérité de la vision américaine de la pratique, il est davantage en France, un des pays gros consommateurs de benzodiazépines, prescrit notamment contre l’anxiété, une pratique de mieux-être, qui permettrait d’éviter le recours aux médicaments.

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