Les biais cognitifs : ce qui nous sépare de la réalité

Les biais cognitifs, c’est quoi ?

Liste des biais cognitifsLes biais cognitifs sont des raccourcis que le cerveau humain à mis en place tout au long de son développement. Incapable de traiter l’ensemble des informations qui lui parviennent en permanence, il a mis en place des automatismes. Ils se répartissent en 4 catégories :

  • processus de mémorisation
  • sélection des informations
  • construction de sens
  • prise de décision et action

Ce sont des processus de simplification, de sélection, d’économie de raisonnement, de justification, de mise en cohérence, de projection, d’influence, de gestion de la nouveauté ou de l’étrangeté… qui se révèlent souvent décisifs dans nos comportements, nos prises de décision, sans que nous en ayons conscience.

L’infographie sous licence Creative Commons ci-contre vous les présente de façon synthétique. En cliquant ici, vous accéderez à l’image originale et pourrez lire chaque ligne dans le détail. Elles sont nombreuses : il y a de quoi désespérer de leur nombre !

Une belle illustration littéraire

La Vie est ailleurs est un roman de Milan Kundera qui illustre bien quelques-uns de ces biais, notamment nos capacités à revisiter le passé mais aussi à tordre la réalité.
L’écrivain est un maître dans l’art de disséquer la complexité du fonctionnement humain. Le personnage de la mère est particulièrement soigné. Elle passe à côté de l’évidence à force de revisiter sans cesse ses rapports à son époux en fonction de son propre vécu et du peu qu’elle sait de la vie de cet homme.
La lecture du roman et la confrontation avec ce personnage ne manque généralement pas de déclencher chez le lecteur des interrogations sur ses propres comportements et son rapport au monde.

La guerre de la vérité

Les bais cognitifs influencent notre rapport au mondeVous pouvez également faire l’expérience suivante : demandez à un couple de longue date de raconter la vie qu’ils ont vécu ensemble. Les récits peuvent parfois être tellement différents que l’on se demande si les deux personnes parlent bien de la même chose !

Les biais cognitifs concourent à nous éloigner d’une réalité nue de toute interprétation et à créer de multiples vérités individuelles, la vérité étant l’adéquation de la réalité et l’homme qui la pense (définition Larousse). Or, si ces biais sont communs à tous les êtres humains, les raisonnements qui en résultent diffèrent. C’est-à-dire que si nous simplifions, nous ne simplifions pas tous toujours de la même façon et nous avons chacun notre vérité.
Ainsi, sur les réseaux sociaux, et plus largement sur Internet, les heuristiques de jugement font beaucoup de dégâts. La confusion fréquente entre corrélation et causalité contribue à la large diffusion d’informations erronées ou non démontrées. Si corrélation et causalité ne vous sont pas des notions familières, la lecture de l’article d’Hubert Krivine, maître de conférence honoraire à l’université Pierre-et-Marie-Curie, vous aidera à y voir plus clair.

Est-il possible de se débarrasser de ces biais ?

Prendre conscience des biais cognitifsIl n’est pas possible de s’en débarrasser, à moins de renoncer à sa nature d’être humain. Il est toutefois possible d’en prendre conscience et ainsi d’apprendre à les maîtriser.
Certains tentent de démonter les simplifications et estiment se rapprocher plus que les autres de la réalité. En sciences économiques, c’est le cas des scientifiques, économistes, historiens et éditorialistes regoupés sous le nom de “New Optimists” : ils promeuvent en effet une approche basée sur des faits tangibles et mesurablesau plus près de la réalité, sans la déformer. Le livre de l’économiste et historien suédois Johan Norberg, Non ce n’était pas mieux avant : 10 bonnes raisons d’avoir confiance en l’avenir est représentatif de ce courant.

Les biais cognitifs se mettent en place automatiquement et rapidement. Comme le cerveau les a créé pour alléger son travail de tri des informations qui lui parviennent, les maîtriser nécessite de grands efforts, parmi lesquels rigueur et concentration. Cela demande aussi du temps, pour permettre à la pensée d’explorer la complexité.

L’économie de l’attention dans laquelle nous évoluons aujourd’hui crée des consommateurs dont l’attention est sollicitée sans laisser le temps de l’analyse et de la réflexion.
Les approches comme celle du yoga sont de puissantes méthodes pour prendre ses distances avec le rythme imposée par la société.