Origine du yoga moderne ou quand l’Occident s’empare du yoga

Remonter à l’origine du yoga moderne : telle est l’ambition du film Le souffle des dieux (voir la fiche présentant le film et quelques extraits sur le site d’AlloCiné) sorti le 19 mars 2014. Il retrace la naissance d’un courant apparu en Inde dans les années 1930. Le réalisateur déroule son enquête à partir de la personne de l’érudit indien Tirumalai Krishnamacharya (1890-1989), de ses élèves et de ses enfants.

Le film montre des pratiquants : des moments de dynamiques séances conduites par Pattabhi Jois (1915-2009), élève de T. Krishnamacharya qui enseigna à Madonna et Sting, des plans séquences de la salle de pratique de B.K.S. Iyengar, parent et également élève de T. Krishnamacharya, des images d’archives montrant T. Krishnamacharya dans des postures acrobatiques. Puis c’est l’évocation du travail sur l’esprit qu’implique la pratique du yoga. Seules quelques phrases finales mentionnent le développement spirituel possible.

La multiplicité des formes de yoga

On peut penser que le foisonnement des pratiques de yoga observable aujourd’hui est dû à des préoccupations marketing et mercantiles proprement occidentales. Or, en développant une généalogie du yoga, Le souffle des dieux montre comment une même source est à l’origine de différentes pratiques. B.K.S. Iyengar y indique que T. Krishnamacharya n’avait pas été très directif et précis à propos des postures et qu’il avait dû développer sa propre méthode de travail. Filmé en situation d’enseignement, Iyengar révèle une grande subtilité dans son approche physique.

Le film présente concrètement la façon dont le yoga s’adapte à chacun : en laissant un vrai espace de liberté individuelle. T. Krishnamacharya a fait évoluer lui-même sa pratique tout au long de sa vie, en fonction de ses élèves et de leurs besoins : des fils du Maharadja de Mysore à des malades en quête de soins et de solutions. Voilà aussi pourquoi il n’y a pas UN yoga mais DES yogas.

La distance culturelle

Évidence pour certains, il semble nécessaire de rappeler à d’autres que nous ne sommes pas indiens. Le film est un regard, celui de Jan Schmidt-Garre, réalisateur, producteur et scénariste allemand. Il faut donc faire preuve de la distance critique qui sied à un spectateur.

Le souffle des dieux nous montre des professeurs indiens qui semblent manquer d’humilité. B.K.S. Iyengar témoigne d’une forme de brutalité de T. Krishnamacharya à son encontre, ayant conduit notamment à une blessure importante. Et on peut être surpris de découvrir B.K.S Iyengar donner des coups secs et fermes, la main à plat, sur un élève.

La culture indienne est faite de démonstration. Cette démonstration n’est pas superficialité mais preuve d’un état (état de richesse par exemple : je le suis, je le prouve), qui peut être un état intérieur. Ainsi T. Krishnamacharya est réputé avoir arrêté son cœur de battre pendant 2 minutes pour amener le corps médical occidental à constater sa maîtrise du corps.
Quant aux « coups » de B.K.S. Iyengar, ils sont autant de « gestes techniques » qui visent à faire comprendre au-delà des mots quand ils ne suffisent plus, à amener à la sensation. Par la stimulation directe du corps, l’élève lâche plus, abandonne sa compréhension réflexive pour être davantage dans les sensations et le ressenti qui sont à la base du travail sur le yoga.

Les cours de yoga développés en Occident sont dispensés par des Occidentaux pour des Occidentaux. Bien que nous réclamant d’une tradition, nous la conservons vivante en nous l’appropriant à notre tour. Les cours collectifs ont existé et existent encore en Inde, mais ils sont aussi répandus que les cours individuels. En France, nous privilégions les cours collectifs, les cours individuels étant rares – non pas par manque d’offre mais par absence de demande.