Yoga et gestion des blessures et des douleurs

Le yoga aide à la gestion des blessures et des douleurs. Ce n’est pas le but premier de cette pratique mais cela fait incontestablement partie de ces effets positifs que l’on peut retirer de la pratique du yoga postural.

Le yoga et la proprioception dans la gestion des blessures et des douleurs

Le yoga postural est d’abord un cheminement intérieur qui a le corps pour support. La forte présence des réseaux sociaux et la valorisation de l’image brouille incontestablement les pistes. Si l’on prend Instagram, ce réseau nous habitue à des prises de postures acrobatiques, au point qu’on ne fait plus bien la différence entre gymnastique de haut niveau, figure artistique et posture de yoga.

Mais le travail sur le corps que propose le yoga postural est pourtant bien d’une grande richesse intérieure car il y a peu de pratiques qui valorise autant la proprioception. Et c’est cette dimension qui fait que le yoga aide à la gestion des blessures et des douleurs, et même à les prévenir au maximum.

À l’origine de la notion de cette notion se trouve Charles Scott Sherrington, médecin, scientifique, connu pour être l’inventeur du terme “synapse” et lauréat du prix Nobel de médecine en 1932 (avec Edgar Adrian pour des travaux communs sur les neurones et les synapses). Il s’est particulièrement intéressé à la proprioception, désignée aussi comme sensibilité profonde, c’est-à-dire la perception, consciente ou non, de la position des différentes parties du corps.

Dans un ouvrage intitulé Le Sens Musculaire paru en 1906, il identifie deux grands types de sensibilité :

  • La sensibilité exteroceptive qui donne des informations sur le monde extérieur (lumière, sons, odeurs, images, température…) ;
  • Et la sensibilité interoceptive, qui nous informe en permanence sur notre propre corps, nos mouvements et nos organes (force, pression, toucher et qualité de mouvement, etc.).

Nous savons aujourd’hui que seules les informations perçues via les fuseaux neuro-musculaires et via les organes tendineux de Golgi peuvent s’affiner avec l’expérience et le travail. La qualité d’un travail proprioceptif est notamment réputé pour :

  • Acquérir, améliorer et affiner tous les gestes techniques ;
  • Assurer l’équilibre et sa régulation ;
  • Prévenir la traumatologie articulaire, tendineuse et ligamentaire (à condition de faire attention aux moments où l’esprit s’échappe du corps et se déconnecte des sensations. Même les professeurs de yoga ne sont pas à l’écart de ces distractions…) ;
  • Accompagner la rééducation capsulo-ligamentaire ;
  • Et même permettre un travail de stimulation par l’illusion de mouvement et de son ressenti pour des personnes contraintes à l’immobilité.

C’est aussi pour ce riche travail proprioceptif que de plus en plus de sportifs de haut niveau complètent leur entraînement avec du yoga postural pour améliorer leurs performances sportives. La proprioception se développe en approfondissant toujours un peu plus l’attention portée vers soi, pour mieux comprendre la façon dont notre corps fonctionne, ou encore quelles sont les douleurs et autres sensations induites par tel ou tel mouvement. C’est la base physiologique du travail de yoga !

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Le yoga dans les axes et la plénitude du corps

Autre principe fondamental du travail de yoga : respecter au maximum les axes du corps. Si toutes les formes de yoga ont une base commune, elles se distinguent les unes des autres par la valorisation d’un aspect de la pratique plutôt qu’un autre, et par le rôle que jouent les postures dans le développement intérieur du pratiquant. En ce qui concerne l’équilibre du corps, c’est sans doute la méthode Iyengar® qui focalise le plus sur ce point. Ma propre pratique intègre cette dimension, ne serait-ce que parce que c’est en respectant ces axes qu’on ne s’abîme pas le corps.

Tendre à l’alignement des différentes parties du corps dans l’espace conduit à comprendre, de l’intérieur, la logique globale du corps et les connexions entre ses différentes parties. C’est très souvent l’occasion pour mes élèves de se rendre compte des adaptations qu’ils ont mis en place sans s’en rendre compte. Pour certains, le chemin vers une mobilisation du corps dans les axes sera très long. Mais le yoga est aussi une école de la persévérance et de la patience. L’attention à soi vise à minimiser l’effort musculaire dans une prise de posture et ainsi à améliorer naturellement l’état global de relaxation. Cela est souvent mal compris des hommes car la plupart ont plus l’habitude de mobiliser toute leur force. La découverte du yoga est donc souvent pour eux l’occasion de découvrir une nouvelle façon d’utiliser le corps. Cette détente naturelle qui peut s’installer permet de diffuser l’énergie dans toutes les parties du corps et de favoriser un état homogène, qui limite les désordres physiologiques.

Aussi, lorsqu’il n’est pas possible d’utiliser son corps dans les axes et d’une manière qui mobilise les masses dans l’équilibre, la pratique du yoga peut aider à mieux vivre les empêchements divers induits par une blessure :

  • Au moins dans la tête, par la visualisation d’un corps sans blessure ;
  • Mais aussi (à condition d’avoir le feu vert des médecins pour mobiliser les parties endommagées), en cherchant à mobiliser avec attention une partie du corps, malgré la douleur.

Je conserverai d’ailleurs longtemps en tête le témoignage de collègues dont les cours étaient fréquentés par des personnes amputées. Vous avez peut-être entendu parler de cette sensation du « membre fantôme » qui amène les personnes amputées à ressentir des douleurs au niveau de la zone disparue. Eh bien ces élèves faisaient travailler leur membre disparu, au même titre que le membre encore présent, travaillant mentalement dans la plénitude du corps, ce qui leur apportait un nouveau bien-être.

Le yoga travaille dans les axes et la plénitude du corps

Le yoga, le souffle et la gestion des blessures et des douleurs

Pour terminer cet article traitant du yoga comme aide à la gestion des blessures et des douleurs, comment ne pas évoquer le rôle central du souffle ? Hors yoga, les femmes enceintes sont déjà depuis longtemps invitées à s’initier à divers exercices de respiration pour gérer les douleurs provoquées par l’accouchement (technique Lamaze notamment). En effet, lorsque nous ressentons de la douleur (expérience très personnelle difficile à évaluer et à décrire), la respiration tend à s’accélérer. Le corps se met en tension et peut même, par cette réaction, augmenter la douleur. C’est un cercle vicieux qui se met en place, d’autant qu’une respiration trop rapide (et souvent superficielle) peut causer d’autres troubles du type étourdissements, vue brouillée, fatigue, engourdissements aux extrémités, tensions musculaires sans lien avec la zone endolorie, etc. Or, des chercheurs ont observé une vraie baisse de la sensation de douleur quand le rythme respiratoire ralentit.

La respiration peut s’ajuster dans trois dimensions : débit, fréquence et volume. Cette science de la respiration est le cœur du yoga, certains maîtres yogis le résumant même sous cette maxime : lorsque l’on sait (vraiment) respirer, on sait pratiquer le yoga. La gestion de la douleur se passe au niveau des expirations. Les expressions comme “pousser un soupir de soulagement” ou “souffler un peu” expriment bien l’idée que l’expiration est un moment associé au calme, un temps où il est possible de se poser. Cette phrase respiratoire stimule le système nerveux parasympathique (qui intervient dans le repos et la digestion, le calme et la conscience) et dégage la personne souffrante de toute réaction incontrôlée liée au stress, induisant des comportements de peur et de frustration.

La gestion de la douleur appelle bien davantage l’adaptation, une forme de souplesse physique et mentale. Reprendre le contrôle de la respiration et par là, parvenir à l’apaiser, c’est tout simplement reprendre le contrôle de la situation, rester le plus possible conscient et maître de soi (et d’une certaine façon de son destin).

Si les potentialités de la respiration vous intéressent, je vous invite à télécharger mon ebook gratuit dédié à la maîtrise de la respiration.

Le yoga, le souffle et la gestion des blessures et des douleurs

Le syndrome du professeur de yoga

Muriel, kiné et ostéopathe, responsable du site adaptersonyoga.com m’a aimablement proposé de participer à son événement inter-blogueurs autour de la thématique des blessures et des douleurs en yoga. Cet article est le fruit de ma contribution. Hasard de calendrier, je me suis blessée il y a peu, me retrouvant à 47 ans à souffrir de ma première déchirure musculaire. Je ne me suis pas blessée dans le cadre de ma pratique du yoga mais dans un cours de danse contemporaine, discipline que j’ai reprise après de nombreuses années d’interruption. Mais il est aussi possible de se blesser en pratiquant le yoga postural : cette pratique est grandement bénéfique mais comporte également son lot de risques (le livre Science of Yoga: The Risks and Rewards rédigé par un journaliste scientifique américain et pas traduit en français fait bien la part des choses entre risques et bienfaits), souvent parce que le mouvement est poussé au-delà de ce que le corps peut encaisser, c’est-à-dire que l’ego prend plus de place qu’il ne le devrait.

Dans le cadre de cet incident, il m’est rapidement venu à l’esprit que ce type de blessure pouvait sans doute arriver à n’importe qui, mais certainement pas à un professeur de yoga… Et quelle image pouvais-je renvoyer à mes élèves en me blessant ainsi ? (Encore une occasion de se rendre compte de ces travers dont il est bien difficile de se débarrasser… À aucun moment ils ne m’ont jugée 🙏). L’anecdote qui précède associée à ces quelques « réflexes » de ma part m’ont fait identifier ce qu’on pourrait appeler le “syndrome du professeur de yoga” : croire à un moment (même bref) que cette pratique régulière nous transforme en espèce de super-héros qui bénéficierait d’un pouvoir d’invulnérabilité.

Aujourd’hui, le yoga est perçu comme une panacée. De nombreux médecins eux-mêmes recommandent le yoga à leurs patients souffrant de troubles qui, selon leur diagnostic, ne trouveraient pas d’amélioration par une quelconque prise de médicaments, de travail chez le kiné ou d’intervention chirurgicale. D’une certaine manière, le yoga semble une réponse à tout ce qui laisse la médecine occidentale sans solution, et notamment pour tous ces troubles provoquant toutes sortes de douleurs ressenties par le patient mais dont aucune cause n’est identifiable par un quelconque examen approfondi. Mais le milieu médical a clairement identifié le potentiel du yoga pour la gestion des blessures et des douleurs.

Dans cette logique, s’est développée l’idée -sans doute alimentée par les discours de nombreux maîtres yogis-, que le yoga est une pratique qui solutionne de nombreux désordres physiques et psychologiques, voire même en préserve. Je me souviendrai sans doute toujours de la réaction de stupéfaction de la responsable de ma formation de professeur de yoga lorsqu’elle a appris qu’une des enseignantes de la fédération, pratiquant le yoga depuis de longues années avec sérieux et assiduité, avait souffert d’un AVC. Non, ça n’était pas imaginable !

Il est donc certain que le yoga a de nombreux bienfaits parmi lesquels une meilleure gestion des blessures et des douleurs, mais cela ne fait pas de nous pratiquants de yoga, des être invulnérables pour autant.

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