Pourquoi je n’utilise pas d’accessoires dans mes cours de yoga.

Dans l’ère actuelle du yoga, une multitude de styles et de pratiques coexistent. Au sein de cette diversité, il est devenu fréquent de voir toute une panoplie d’accessoires envahir les salles de yoga : blocs de soutien, sangles et coussins sont devenus des éléments presqu’incontournables pour certaines formes contemporaines de yoga. Il me semble important de revenir aux fondamentaux pour mieux appréhender le rôle de ces accessoires et leur impact sur la pratique du yoga. Et vous comprendrez pourquoi je n’en utilise pas.

Des accessoires pour être plus précis

Parmi les différents courants de yoga, la pratique selon l’enseignement de B.K.S. Iyengar veut amener le pratiquant à réaliser la posture la plus juste et la plus précise. Lui-même était de santé fragile, et c’est en suivant l’enseignement de son maître de hatha yoga Krishnamacharya, qu’il a eu l’idée de surmonter les difficultés qu’il rencontrait en utilisant différents supports et aides pour réaliser les postures.

Il a progressivement mis au point une méthode particulière, axée sur un juste alignement du corps, au moyen de blocs, de sangles, de coussins, d’une chaise, d’une ceinture, etc. Il s’agit véritablement de discipliner le corps, et par là les sens, ce qui fait partie des objectifs du yoga.

Les accessoires constituent aussi un outil précieux pour rendre le yoga accessible à tous, en adaptant les postures à chaque corps. Ils aident ceux qui, en raison de limitations physiques, de mobilité réduite ou de conditions de santé spécifiques, ne peuvent pas réaliser certaines postures de manière autonome.

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Souplesse active, souplesse passive

Le yoga est une discipline réputée travailler la souplesse. Mais lorsqu’on la travaille, il faut distinguer la souplesse passive et la souplesse active.

La souplesse passive fait référence à la capacité d’étirer un muscle ou un groupe de muscles avec l’aide d’une force externe – comme la gravité, un partenaire, ou un accessoire de yoga.

La souplesse active implique la capacité d’étirer un muscle ou un groupe de muscles en utilisant uniquement la force de nos propres muscles. La souplesse active renforce non seulement notre capacité à réaliser des postures de manière autonome, mais elle favorise aussi notre équilibre, notre coordination et notre conscience corporelle.

Lorsque nous nous appuyons trop sur des supports, nous favorisons la souplesse passive au détriment de la souplesse active. Si cela devient le seul moyen de travailler, nous pouvons devenir dépendants des accessoires plutôt que de renforcer nos propres muscles. Le développement de la souplesse active est essentiel car elle ouvre à une plus grande liberté de mouvement et à un plus grand respect de son corps.

L’alignement en yoga

En ce moment, je creuse la notion d’alignement. J’ai déjà écrit un article sur cette notion comprise dans un sens large il y a quelque temps. La notion n’est pas limpide et implique de poser des mots précis.

En yoga, c’est la capacité à écouter et à répondre à son propre corps, à explorer les profondeurs de son être dans un environnement paisible, pour favoriser une vie bonne (à entendre dans un sens éthique). L’alignement est cette circonstance dans laquelle corps, esprit et souffle sont inscrits dans une même dynamique, quelle que soit la posture du corps. Il s’agit d’atteindre l’harmonie entre les différentes parties de soi et pas de reproduire une posture parfaite vue dans un livre ou sur un écran.

Les sensations et les pensées liées à l’alignement évoluent d’ailleurs dans le temps, à mesure que nous développons la conscience de notre corps et que nous développons notre pratique.

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La technique et l’union

Les supports ont beaucoup à nous apporter dans des temps d’exploration qui ne sont pas ceux de yoga au cours desquels peut se réaliser l’harmonie espérée.

De la même façon qu’il y a les temps des entraînements et le temps des matchs, le temps des exercices et le temps du spectacle, le temps des gammes et le temps du concert, il y a des temps où l’on expérimente, où l’on mesure, où l’on ajuste et le temps du yoga proprement dit, qui est le moment fort pour lequel on s’est entraîné jusque-là.

Aussi ne faut-il pas faire un usage systématique des accessoires de yoga mais, au contraire, si on décide de les utiliser, un usage précis et ciblé.

Vers le lâcher-prise

Les objets savent se rendre indispensables si l’on n’y prend pas garde. Et l’utilisation systématique d’accessoires dans le yoga peut apporter une forme de rigidité dans le rapport à soi.

Ce n’est pas pour autant un appel à bannir tous les accessoires de yoga. Ils ont bien leur utilité, en particulier pour les débutants qui se familiarisent avec les postures ou pour ceux qui ont besoin d’une aide supplémentaire en raison de contraintes physiques. Mais il est crucial de les considérer comme des aides temporaires et non comme des béquilles permanentes. Leur utilisation devrait être modérée et adaptée à l’évolution de la pratique.

Sans ces accessoires, les pratiquants du yoga découvrent une nouvelle dimension de lâcher-prise. Ils développent leur équilibre naturel, leur force intérieure et leur flexibilité, en s’appuyant uniquement sur leur propre corps et leur concentration mentale.

C’est aussi de cette façon que l’on entretient la confiance en soi.

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La philosophie du yoga

Dans nos sociétés modernes axées sur la consommation, nous sommes souvent entourés d’une multitude d’objets. Le temps de la séance de yoga ne peut-il pas être un temps hors de la surconsommation ? La simplicité et la liberté dans la pratique du yoga ne devraient-elles pas être favorisées ? Le yoga n’est-il pas étroitement lié à une forme de dépouillement et une voie pour renouer avec l’essentiel ?

Ce type d’interrogation peut sembler excessif à bien des personnes. Mais c’est que le yoga n’est pas qu’une gymnastique : faut-il le répéter ? C’est une forme de philosophie de vie qui se déploie à partir du corps.

Le yoga n’est pas une série de postures physiques à réaliser parfaitement. Il s’agit d’une pratique qui nous permet d’explorer notre potentiel, de nous connecter à nous-mêmes et d’expérimenter la liberté dans notre corps et notre esprit. Les supports, s’ils sont utilisés de manière inadéquate, peuvent alors devenir un obstacle à cette exploration.

Sans accessoire, vers la liberté d’être

L’absence d’accessoires contribue certainement à une expérience de yoga plus authentique et plus personnelle. Le pratiquant est seul avec lui-même, sans distraction extérieure. Il est à l’écoute de son corps, de ses limites et de ses possibilités. Cette approche minimaliste du yoga ne laisse pas de place à la comparaison ou à la compétition, elle encourage à embrasser l’instant présent et à accepter ce qui est.

Pratiquer le yoga sans accessoire est un choix personnel, un engagement envers soi-même. Il s’agit de se débarrasser du superflu pour se recentrer sur l’essentiel. Cette approche ne conviendra pas à tout le monde, mais elle offre une perspective intéressante sur la pratique du yoga, qui est loin d’être figée et qui peut évoluer en fonction de chaque individu.

Chacun sa voie

Évidemment, je ne veux pas donner l’impression de critiquer les personnes qui utilisent des blocs ou autres accessoires. Quelqu’un qui prône la liberté comme je le fais ne peut que favoriser la liberté de choisir sa propre approche du yoga, en fonction de ses besoins, de ses aspirations. De ce fait, il est aussi important d’explorer différentes formes de pratique et de trouver celle qui résonne le plus profondément avec soi-même, à un instant T de sa vie.

Ma décision de pratiquer sans accessoire s’appuie sur une conviction profonde : le yoga postural est une pratique de liberté parce qu’à travers le corps, on trouve le moyen de “faire avec, du mieux qu’on peut, selon ses possibilités”. Ce n’est pas finalement ça être à sa place dans le monde ?

Et il s’agit peut-être finalement de se libérer des contraintes que l’on nous a imposées (notamment dans notre jeune âge) et que l’on a progressivement accepter pour les faire nôtres, pour trouver notre voie, celle qui n’est rien qu’à nous. Le véritable guide dans notre pratique du yoga ne sera jamais un bloc ou une sangle, mais notre nature profonde.

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