Yoga pour canaliser ses émotions

Yoga et émotions : une pratique pour ne plus subir ?

Les émotions sont ces réactions spontanées que nous avons tous face aux événements que la vie nous présente. Elles se traduisent par des mouvements et des réactions corporelles (modification du rythme de la respiration et du système hormonal, accélération des battements du cœur, par exemple) mais impactent aussi fortement notre esprit. Le yoga étant une pratique qui vise au contrôle de soi, il est aujourd’hui considéré comme capable d’aider les personnes qui souffrent d’être souvent débordées par leurs émotions. Mais le lien yoga et émotions n’est pas si évident. Quelles sont les origines d’une telle approche ?

Tous ceux qui ont à cœur d’équilibrer leur quotidien pour le rendre plus épanouissant peuvent en effet trouver dans le yoga une pratique sur laquelle ils peuvent s’appuyer pour évoluer. Je vous propose deux articles pour essayer de comprendre comment ça fonctionne. Dans celui-ci, je me concentre sur les rapports du yoga avec les émotions.

Le “vrai” yoga ne s’occupe pas d’émotion ?

Le développement personnel au sens large s’occupe beaucoup de la gestion des émotions. Le yoga s’y intéresse aussi, même si certains objecteront que le “vrai” yoga n’a rien à voir avec le développement personnel.

Le yoga est une pratique qui a le vent en poupe, c’est le moins qu’on puisse dire ! Après un premier décollage dans les années 60 sur fond de culture hippie, le yoga a connu un véritable boom ces dernières années pour se répandre largement dans le monde. Le yoga a même bénéficié des confinements successifs. De nombreuses personnes empêchées de pratiquer leur propre sport se sont tournées vers cette discipline ancestrale, parée de nombreuses vertus. On lui prête notamment d’apaiser les émotions et, en particulier de permettre de mieux gérer le stress.

Toutefois, le yoga n’est en rien une solution miracle. S’il est possible de ressentir des effets positifs sur ses tensions intérieures immédiatement après une séance, des modifications profondes ne se produisent que sur le long terme, et encore, à condition d’avoir la volonté de s’engager vraiment dans la voie du changement.

Si l’on considère le “vrai” yoga comme la pratique codifiée quelques siècles avant notre ère, véritable quête spirituelle qui dédaignait le monde réel, et que seule une petite poignée de personnes était capable de suivre car impliquant un certain nombre de renoncements fondamentaux, alors oui, ce “vrai” yoga n’a que faire des émotions. Le but de cette forme de yoga est en effet d’éradiquer purement et simplement toutes les émotions, puisqu’elles contribuent fortement aux variations de l’ego, et constituent un obstacle pour accéder à la plénitude.

Mais le yoga a beaucoup évolué depuis ses origines. Le nom est resté, parce que la signification du terme était toujours valide pour les pratiquants, mais le yoga que l’on pourrait qualifier pour simplifier de “tantrique”, qui s’est développé au XIVe siècle, et qui fonde le yoga postural largement diffusé aujourd’hui, n’a pas grand-chose à voir avec le yoga des origines qui est celui du Yogasutra de Patanjali.

Notre époque est celle de la consommation et de l’instantanéité. Nous attendons monts et merveilles de toutes les pratiques que nous abordons, et espérons y parvenir avec aussi peu d’efforts que possible. Le yoga a de nouveau évolué pour suivre nos attentes, au point que c’en est devenu presque caricatural. De nouvelles formes de yoga apparaissent pour ainsi dire chaque jour, cherchant à toucher de nouveaux publics ou à renouveler l’engouement en surfant sur le dernier concept à la mode. On voit ainsi émerger des formes de yoga que l’on pourrait qualifier “d’affadies” tant elles se concentrent sur la posture et sur le travail physique, en omettant toute l’approche psychologique -voire spirituelle- qui fonde la discipline, ou pire, en la remplaçant par une dose d’ésotérisme ou de folklore New Age.

Il n’est pas sûr que ce “yoga gymnastique » contribue à l’équilibre des pratiquants, en particulier celui des personnes à forte dominante émotionnelle. Quant aux approches ésotériques, elles peuvent même avoir des effets inverses, des personnes animées d’aspirations à la fois fortes et profondes pouvant manquer de discernement sur ce qui leur est proposé et ne pas identifier ce que cela peut représenter de mauvais pour elles.

Le yoga de l’émotion, le yoga de la dévotion

En sanskrit, il existe un terme qui se traduit par “extase”, “émotion” ou “expression”, c’est le terme bhava. Lorsqu’il est utilisé dans le contexte du bouddhisme, bhava désigne le sentiment qui émerge de la compréhension que la vie et la mort s’inscrivent dans la continuité du cycle des réincarnations, et la maturité spirituelle qui découle de cette compréhension. Cette notion dépasse la seule réflexion (peut-on réellement comprendre quelque chose de si abstrait ?).

L’ennéagramme est un système d’étude de la personnalité, de la psychê humaine, qui identifie trois façons d’être au monde : l’une centrée sur le mental (la raison), une autre centrée sur le corps (l’instinct) et une dernière centrée sur les émotions. J’utilise cette méthode pour accompagner mes clients en individuel, en complément du yoga, car parmi la pluralité des formes de yoga, on trouve un yoga de la dévotion (Bhakti yoga, canalisant les émotions), un yoga de l’action (Karma yoga, canalisant les réalisations) et un yoga de la connaissance (Jnana yoga, canalisant les pensées).

Ainsi, le terme bhava s’utilise également dans le contexte du Bhakti yoga, l’une des six branches majeures du yoga, qui est le yoga de la dévotion. Le but poursuivi est d’entrer en contact avec une divinité par le biais de rituels ou du respect d’un mode de vie particulier. Le Bhakti yoga est moins structuré que les autres yogas et laisse une belle place à une certaine liberté. Le mouvement de dévotion populaire en Inde, connu sous le nom de Bhaktimarga, que l’on traduit par « route de la dévotion », fut particulièrement prospère entre 800 et 1100 de notre ère, et a conduit à la rédaction du Bhagavad-Purana.

Une pratique de dévotion comme celle-ci consiste à canaliser le sentiment d’amour en le tournant vers une divinité en particulier pour utiliser son « énergie » positivement et rendre plus vertueuse sa vie humaine et se rapprocher de la divinité et de ce qu’elle représente. Cette pratique, au-delà de ses visées spirituelles, permet au pratiquant de ne plus subir ses émotions car elles ne lui appartiennent plus et ne servent plus l’ego, puisqu’elles sont dédiées à la divinité. Dans son ouvrage Les Yogas pratiques, Vivekananda expliquait qu’ « en Bhakti yoga, le secret est de savoir que les passions, les émotions, les sentiments divers qui sont dans le cœur humain ne sont pas blâmables en eux-mêmes. Il faut seulement les maîtriser soigneusement et leur donner une direction de plus en plus haute jusqu’à ce qu’ils atteignent le plus haut degré d’excellence. La plus haute direction est celle qui nous conduit à Dieu. »

Dans la tradition vishnouite (dans laquelle la dévotion est tournée vers la figure du dieu Vishnou), il existe 5 façons de décliner l’amour pour la divinité :

  • Sakhya qui correspond à la relation amicale sincère et profonde que l’on peut développer avec un ami véritable (l’amitié) ;
  • Madhura qui consiste dans l’amour d’un homme ou d’une femme pour son conjoint / amant / compagnon (l’amour “conjugal”) ;
  • Vâtsalya qui désigne l’amour qu’un parent éprouve pour son enfant (l’amour filial) ;
  • Dâsya qui est l’amour du disciple envers son maître spirituel (la dévotion à proprement parler) ;
  • Et Shânta qui désigne l’amour universel ou “l’amour de Dieu”.

Il est intéressant de comprendre qu’en puisant dans l’expérience humaine, cette pratique dévotionnelle utilise ces différents modes pour nourrir les différents types de personnalité. Le dévôt optera pour le mode qui lui parle le plus, chacun des 4 premiers modes valorisant une intention : la tendresse pour Vâtsalya, la sincérité avec Sakhya , le service avec Dâsya et le sacrifice avec Madhura. Le dernier mode est une forme d’aboutissement de la pratique spirituelle auquel très peu de personnes peuvent accéder là encore car très exigeant.

Dans le prochain article…

La polysémie du mot « yoga » ne permet pas toujours d’y voir clair dans le paysage des pratiques spirituelles ou, même les pratiques tournées vers le simple bien-être. Les spiritualités sont basées sur une compréhension intuitive mais fine du fonctionnement humain que ce soit sur le plan corporel, mental ou émotionnel. Aussi, elles ont développé des pratiques qui permettent à chacun de trouver la forme qui lui permet de progresser le mieux, selon sa nature. Voilà pourquoi le yoga s’occupe aussi des émotions.

Dans l’article suivant, je vous expliquerai comment il est possible de s’appuyer sur le principe fondateur du yoga de la dévotion pour canaliser ses émotions, en dehors de toute pratique religieuse.