Yoga et alignement

Le terme d’alignement s’est imposé dans l’univers du développement personnel. Mais avant de constituer un concept sur lequel repose l’épanouissement individuel, il tire d’abord sa signification du monde réel. Lorsque l’on veut prendre soin de son corps, on est attentif à ses alignements. Il est donc naturel de retrouver le concept d’alignement dans la pratique du yoga. Le but de cet article est de cerner comment l’alignement du corps que l’on travaille en yoga peut aussi résonner dans la vie quotidienne.


L'alignement comme clé d'épanouissement

Le terme d’alignement est souvent utilisé en développement personnel. Des auteurs ont popularisé son emploi. Stephen Covey dans The 7 Habits of Highly Effective People, par exemple, insiste sur la nécessité d’aligner ses objectifs personnels avec ses valeurs (et bien tendu d’agir en conséquence, cela semble aller de soi…). Tony Robbins est un autre auteur qui utilise le concept d’alignement mais de manière différente en le définissant comme la cohérence entre ses croyances, ses émotions et ses actions, valorisant son approche comme clé du succès et de bien-être dans la vie.


Au-delà de ces deux références, on peut citer Gandhi car son ancrage semble plus large. Il aurait dit que “le secret du bonheur, c’est l’alignement entre ce que vous pensez, ce que vous dites et ce que vous faites.” Cela fait écho à une une sorte d’idéal humain porté par plusieurs approches, religieuses et philosophiques. Prenons trois exemples.


Le bouddhisme valorise la cohérence entre pensée, parole et action selon une vision de la vie humaine considérée comme maillon d’une chaîne de vies (samsara) et en référence au karma. Karma est un mot sanskrit qui veut dire “action” et se définit comme un cas particulier de la loi de cause à effet qui veut que nos expériences, quelle que soit la façon dont on les définit (agréable, désagréable ou autre), résultent d’actions passées, réalisées dans cette vie ou dans l’une de nos vies précédentes. À partir de là, la qualité de l’intention qui préside à nos actions est aussi importante que l’action elle-même. D’où la nécessité d’être cohérent.


La philosophie stoïcienne place la cohérence entre pensée, parole et action au centre de la sagesse. Celle-ci consiste à vivre en accord avec la nature et la raison, en évitant les contradictions.


Dans la religion chrétienne, cette cohérence est souvent associée à l’idée de vérité et d’intégrité. Le Nouveau Testament encourage les croyants à développer des actes cohérents avec leurs paroles, à ne pas mentir et à être fidèle à ses engagements.


Les conséquences de l'absence d'alignement (dans la littérature)

Les écrivains ont souvent, à travers leurs œuvres, dénoncé la bêtise humaine. Ainsi, de nombreuses œuvres abordent la question de l’hypocrisie et des jeux d’apparence dans la société en insistant sur les conséquences négatives que cela a, tant pour les personnes pour les hypocrites eux-mêmes que pour leur entourage. En voici quelques exemples.


Le Tartuffe de Molière est une pièce de théâtre qui fit polémique et amena son auteur à en écrire une deuxième version. Molière était désireux de dénoncer les vices de son époque dont l’hypocrisie qui avait cours dans le monde religieux où sévissaient de nombreux faux-dévots.


Le Rouge et le Noir de Stendhal raconte l’histoire d’un jeune homme ambitieux, Julien Sorel, qui cherche à gravir les échelons sociaux. L’hypocrisie n’est pas dans sa nature mais s’est imposée à lui comme “arme” pour réussir à s’élever socialement. Le roman montre qu’il est contraint de dissimuler sa véritable personnalité, ses passions et ses véritables opinions politiques. Stendhal montre comment la Restauration impose à l’homme du peuple de manœuvrer pour faire sa place dans la société.


Le jeu des apparences joue un rôle important dans La Comédie humaine de Balzac. L’écrivain montre que l’image que l’on donne de soi aux autres est souvent trompeuse et cache une réalité plus sombre et complexe. Ce jeu de dupe à pour vocation de maintenir la respectabilité sociale. De nombreux personnages de La Comédie humaine, cherchent à donner une image vertueuse et morale d’eux-mêmes, alors même qu’ils mènent des vies dissolues ou qu’ils sont corrompus.


Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby) F. Scott Fitzgerald est un roman qui raconte l’histoire de Jay Gatsby. C’est l’occasion pour l’écrivain de décrire l’élite new-yorkaise des années 1920, critiquée pour son extravagance et son manque de sincérité.


Au-delà de la littérature, les nouvelles formes d’hypocrisie et de jeux d’apparence portés par les réseaux sociaux sont de plus en plus critiqués. Les images et les messages soigneusement rédigés sont à même de dissimuler la réalité. Dans un tout autre registre, l’attitude peu sincère de nombreux acteurs politiques est souvent dénoncée.


Alignement et yoga

Dans ce contexte social, l’univers du yoga et la spiritualité qui y est associée apparaissent comme un espace d’authenticité, qui laisse entrevoir la possibilité de se libérer du carcan social. C’est peut-être l’une des clés qui expliquent que les pratiquants de yoga soient progressivement sortis de la confidentialité pour se multiplier, jusqu’à être cette pratique mondialement présente aujourd’hui. Cette expansion ne se limite bien sûr pas à cela car et peuvent même être contredits par le fait que le yoga s’intègre aussi largement dans des logiques d’apparence et de performance.


Parmi les maîtres de yoga, B.K.S. Iyengar, fondateur de la méthode de yoga qui porte son nom, a particulièrement insisté sur l’alignement des différentes parties du corps dans le travail postural. Cet alignement conduit à minimiser le travail musculaire pour obtenir un relâchement maximum du corps, y compris dans des postures que l’on pourrait qualifier d’improbables, pour faciliter la circulation des différents fluides corporels et énergétiques. Cette pratique rigoureuse est réputée avoir des vertus curatives sur le corps et l’esprit. C’est pour obtenir ces alignements que sa méthode met en œuvre des supports : sangles, blocs, couvertures, chaises et cordes.


Alors que l’emploi de supports s’est répandu dans les cours de yoga, il faut souligner que la méthode Iyengar préconise la tenue des postures pendant de longues périodes, dans le but de donner du temps aux pratiquants pour ressentir les effets des postures en profondeur, mais aussi au corps pour résoudre les désorganisations internes à l’origine des troubles. Iyengar croyait que la pratique régulière et correcte des postures de yoga selon sa méthode pouvait aider à traiter une large variété de désordres, tant physiques que psychologiques (dépression, asthme, diabète, par exemple).


Le terme d’alignement est utilisé dans le domaine de la santé physique pour désigner et décrire l’articulation correcte des différentes parties du corps. Aussi, sur le seul plan physique, l’alignement corporel est important pour maintenir une posture saine et prévenir les douleurs et les blessures. Un alignement correct peut en effet aider à réduire la tension et la pression exercées sur les muscles et les articulations, permettant ainsi une meilleure mobilité et une meilleure efficacité du mouvement. C’est pour cette raison que le yoga s’intègre de plus en plus à l’entraînement de sportifs de haut niveau.


La conscience que certaines pratiques sportives peuvent être délétères si elles sont mal encadrées s’est développée. Le yoga apparaît alors comme une pratique respectueuse du corps et ainsi accessible au plus grand nombre, quel que soit l’âge et l’état de santé. Le professeur de yoga est censé disposer d’un bagage théorique et pratique suffisant pour accompagner ses élèves et pour adapter les postures en fonction des pathologies identifiées. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles le yoga est reconnue comme une pratique qui possède finalement très peu de contre indications. D’ailleurs, si c’est le cas, l’interdiction porte davantage sur des postures précises que sur le yoga dans son ensemble. Mais si l’on se limite à ces aspects, on réduit le yoga à une gymnastique et on évacue tout un pan de la pratique qui touche à l’esprit.


L’objectif d’entretenir la santé de son corps n’était pas au programme des yogis les plus anciens. Il était plutôt davantage de réaliser un travail de type énergétique sur la structure subtile du corps.


L'alignement pour une spiritualité équilibrée dans ce monde

Ma conception du yoga dépasse les seuls aspects de gymnastique et j’estime que pour en faire une véritable discipline de la vie, les effets de la pratique ne doivent pas se limiter au tapis et à la séance. Toutefois, il va de soi que bouger son corps en respectant la physiologie ne va pas conduire à elle seule à transformer sa psyché et à donner les capacités d’affronter les logiques et les contraintes sociales nuisibles. Comment, dans ce cas, le yoga peut-il contribuer à bouger les lignes de son paysage intérieur jusqu’à nous donner progressivement la force d’agir conformément à ce que l’on pense et en accord avec nos valeurs, selon l’approche philosophique énoncée plus haut ?


Tout d’abord il s’agit de travailler les postures en intégrant leur valeur symbolique et en cultivant la qualité de l’intention (lire l’article sur la psychologie des postures). Dans une certaine mesure, la souplesse et la force du corps acquises posture après posture se diffusent dans l’esprit. La maîtrise de la respiration, clé de maîtrise de l’esprit, à laquelle conduit le yoga, permet également de la mettre en œuvre au quotidien. C’est ce que j’explique dans mon ebook consacré à la respiration. Ces attentions sont placées avec finesse dans le corps pour parvenir à convoquer les niveaux les plus subtils de soi. Une posture est de ce point de vue une aventure sans cesse renouvelée puisque notre personnalité est très changeante. Mais sa logique est toujours la même : nous conduire à identifier notre essence.


En parallèle, le développement de la connaissance de soi, des mécanismes internes qui sont à l’œuvre chez chacun d’entre nous est aussi essentiel. La connaissance de soi peut se déployer :


  • En lien avec la pratique posturale,
  • Par un travail en cohérence avec l’approche du yoga comme le permet l’usage de l’ennéagramme,
  • Mais aussi à travers la méditation qui peut soit être abordée à part de la pratique posturale (alors on cherche à ce que le corps soit silencieux), soit y être intégrée.


Les choix de pratique se font en fonction des caractéristiques de la personnalité, des besoins identifiés à un instant T, des aspirations à certaines périodes de la vie… La pratique du yoga n’est pas fixe mais évolue en permanence au rythme de nos évolutions intérieures.


Je suis Laetitia, prof de yoga & coach ennéagramme. Jour après jour, je développe une pratique qui nourrit le lien corps-esprit.

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